‹ Fables et poésiesChapitre 15 sur 355 · LE SERPENT ET L'OASIS · texte numérisé non relu

LE SERPENT ET L'OASIS

Le calife Alraschid et Giafar le vizir

Allaient par le pays déguisés en derviches.

Répandre des bienfaits était leur seul plaisir :

Ce devrait être aussi le seul plaisir des riches.

Les royaux pèlerins virent près d'un palais

Un homme à coups de pied chassé par des valets.

Alraschid dit au maître : « Est-ce ainsi que l'on traite

Celui qui vient au nom de l'hospitalité?

Tu dois au voyageur sous tes murs arrêté

Le froment pour sa faim , le chevet pour sa tête.

As-tu vu par ses mains ton palais dévasté? »

Le riche répondit : « Non pas, en vérité;

Mais c'est un étranger maudit par le prophète ,

Un de ces vils chrétiens ennemis du Coran... »

Le piilife poursuit : « Le pauvre est noire frère î

Écoule un apologue et sois plus tolérant :

Un jour à l'oasis le serpent en colère

FABLES. 2î»

Disait : « Aveuglément tu prodigues tes eaux , L'ombre de tes bosquets , le cliant de tes oiseaux . Et tes rayons de miel et tes Truits si suaves ; L'impie et le croyant , les rois et les esclaves , Les méchants et les bons, tous indistinctement Viennent dans tes trésors puiser abondamment... — C'est vrai , dit l'oasis ; j'offre à tous un refuge Contre la faim, la soif et l'ardeur du soleil; C'est vrai, car à mes dons tous ont un droit pareil. Je suis leur bienraiteur : Allah seul est leur juge! » Or, le riche écouta la fable en souriant, • Et puis en son palais menant le mendiant , Il lui fit par ses soins oublier son outrage , Et les deux pèlerins reprirent leur voyage.

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