LES DEUX MOINEAUX
Vers la fin du printemps, saison des pâquerettes, Saison riche pour les poètes ,
Mais bien i)au\re pour les oiseaux .
Aux champs habitaient deux moineaux.
Bientôt, n'ayant plus de quoi vivre, Au désespoir le plus jeune se livre.
L'autre lui dit : « Je vais au loin
Pour\'oir à ce pressant besoin ;
Sans doute le ciel aura soin
De veiller à notre existence.
Ouc des grains ou des fruits tombent en ma puissance.
Je les cueille et viens sans retard
T'apporlcr la meilleure part :
En attendant, prends patience.
Adieu! » Disant ces mots, il part.
Longtemps il vole en vain ; rien ne s'offre à sa vue. Sur le soir, cependant , il trouve un cerisier ; Or, les fruits étant mûrs , il mange à plein gosier ; Il mange, le glouton , jusqu'à la nuit venue, El, trop vite oubliant que son frère avait faim ,
Il s'endort jusqu'au lendemain.
Au lever du soleil, vers le nid il se hâte, Portant des fruits au bec , des fruits à chaque patte. Il vole , vole , arrive ; hélas ! il n'est plus temps , Car son frère était mort depuis quelques instants.
Tel , issu des rangs populaires , Au pain des grandeurs s'engraissa .
Qui laisse dans l'oubli le nid qui le berça , Et dans leur infortune abandonne ses frères.
FABLKS. 51