‹ Fables et poésiesChapitre 155 sur 355 · A MM. BERÀNGER ET LAMENNAIS · texte numérisé non relu

A MM. BERÀNGER ET LAMENNAIS

Maîtres, si devant vous je reste bouche close, Dans un double récit apprenez-en la cause :

Deux bœufs traçant, dès l'aube, un fertile sillon, Derrière eux voletait une bergeronnette.

« Viens-tu pour labourer ou saisir l'aiguillon ? » Dirent-ils en riant. Aussitôt la pauvrette :

« Je viens, dans vos labeurs trouvant de bons repas, Vivre des vermisseaux qui naissent sous vos pas. »

Au temps jadis vivait une charmante fée.

Rivale du divin Orphée, Pour parler, pour chanter quand ses lèvres s'ouvraient, Elle aurait attendri le cœur le plus farouche. Et, prodige inouï ! les perles de sa bouche

Ruisselaient.

Sa fllleuie, un beau jour, sur ses genoux assise. Et, muette, écoutant, la fée en fut surprise. Et l'enfant répondit : « Quoit vous me demandez Pourquoi sur vos genoux je suis silencieuse î C'est que je cueille, avide et d'une main pieuse.

Les perles que vous répandez. »

Maîtres , si devant vous je reste bouche close , Par ce double récit vous en savez la cause.

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