LE MARCNANO ET LE CHIEN
Un marchand marchandait un chien ; A l'entendre, on eût dû le lui livrer pour rien : « Je ne pourrai jamais, disait-il, m'en défaire; L'argent que j'y consacre est de l'argent perdu. » Quelques instants plus tard, pour qui l'eût entendu,
C'était une autre affaire :
Sur ses rivaux ce chien devait avoir le prix. D'un contraste pareil notre animal surpris : « D'où vient que, ce matin, votre voix mensongère, Niant mes qualités, ce soir les exagère? — Ce langage opposé, dit le marchand , crois-moi, L'intérêt le dicta ; que ce soit mon excuse. Sur nos relations ton noble instinct s'abuse ;
Mais le mensonge, mais la ruse, Voilà de tout commerce et la base et la loi. »
Et dit : « Pour le plaisir, pour l'intérêt d'autrul, Nous allons aujourd'hui Nous battre! c'est sottise.
Âmi, loin de nous attaquer, Gardons nos forces toujours prêtes Contre les ennemis qui viendraient pour croquer
El notre grain et nos poulettes... »
A ces mots, laissant là les Anglais ébahis,
Et dans les airs se frayant un passage, Nos coqs en liberté gagnèrent le pays.
Ne suivra-l-on jamais un exemple si sage?