LES MOUTONS VOYANT VENIR LE BOUCHER
Un jour, loin du berger mollement étendus, Moutons, brebis, agneaux jasaient dans la prairie. Bientôt une brebis s'écrie :
« Mes enfants, nous sommes perdus!
Voyez-vous ce méchant qu'un cruel dogue escorte, Ce boucher qui choisit entre nous, puis emporte
Toujours le plus gras, le plus beau?
Enfants, que dirons-nous, s'il demande le maître?
LACnAMBF.Al'DIE. I •.)
— Mère, répond soudain le plus petit agneau, Moi, je le conduirai vers le maître, au hameau.
— Malheureux ! mais toi-même, il te prendra peut-être !
— Ah ! plutôt, reprend un mouton.
Disons-lui que le maître est loin de ce canton. Que de longtemps sans doute il n'y doit reparaître.
Alors le méchant nous croira.
Et du moins, sans nous nuire, il s'en retournera.
— Mes plans, dit le bélier, sont meilleurs que les vôtres. Adressons le brigand qui nous Ût tant de mal
Au troupeau du voisin. Que le couteau fatal. En s'éloignant de nous, retombe sur les autres !
— Je hais, dit la brebis, ton projet infernal ; Un mensonge léger, dicté par la prudence,
Est excusable, je le pense ; Mais je suis loin de l'approuver S'il livre mon prochain afln de me sauver. »