L'ARMURE ET LE LIVRE
A M. EDOUARD GRA!HGER.
L'autre jour, dans vos ateliers Je m'égarai, lisant votre recueil de fables.
De l'armure des chevaliers S'échappèrent soudain des rires formldai)les.
Casques, cuirasses et brassards.
Cottes de mailles et cuissards,
Retentissant, disaient : « Pourquoi l'artiste habile Qui sut ressusciter les tournois valeureux
Perd-il des instants précieux A noircir le papier de son encre futile?
Lorsque sous les feux du soleil Nous irons resplendir d'un éclat sans pareil,
Pauvre recueil, dans la poussière
Tu resteras enseveli ;
Sous une enveloppe grossière
Tu dormiras dans ton oubli... »
Et moi, je répondis pour le livre modeste :
« Ail t l'arlisle, je vous l'atteste, N'a pas perdu son temps ; si d'un adroit burin On l'a vu façonner et le fer et l'airain, N'a-t-il pas évoqué, d'une âme poétique. Les préceptes sacrés de la sagesse antique? Ses vers, sortant bientôt de leur obscurité, Brilleront, comme vous, d'un éclat mérité. »