‹ Fables et poésiesChapitre 218 sur 355 · LA MASCARADE · texte numérisé non relu

LA MASCARADE

Jupiter, — je l'ai lu dans les vieilles annales, — Pour une mascarade, en sa royale cour, Une nuit, rassembla les hordes infernales Et les esprits sur nous veillant avec amour. On voyait se croiser sous les lambris c-élestes Les vices effrontés et les vertus modestes. Chacun d'eux, sous des traits ^imaçants ou riants,

Déroutait les plus clairvoyants.

Le jour venu, Jupin voulut par leurs visages Connaître tour à tour les divers personnages. Sans masque, devant lui, sous leur déguisement , Ils défilèrent tous silencieusement.

Ils avaient pris, changeant de gestes, de langages, A chaque caractère un habit opposé.

L'hypocrisie avait osé De la piété sainte affecter l'apparence ;

Le crime s'avançait, paré De la robe de l'innocence ; L'avarice avait pénétré Sous les traits de la bienraisance ; Le mensonge avait emprunté Le miroir de la vérité. Qui le croira? portant une étoffe menteuse. On dit que les vertus passèrent à leur tour. Et que chacune avait, n'osant lixer le jour De quelque vice impur la défroque honteuse

Même chose arrive ici-bas :

De toutes les vertus le vice prend le masque. Et le plus vertueux, ô caprice fantasque î Affîche quelquefois les vices qu'il n'a pas.

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