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LES OISEAUX DE NUIT ET LA LUMIËRE

Hôte d'un vieux castel, monseigneur le hibou, A l'heure de minuit, s'échappant de son trou. Appelle les oiseaux que le grand jour effraie. A sa voix, le grand-duc, la chouette, l'orfraie, Le chat-huant et la chauve-souris.

Par des miaulements et des cris, Rassemblent aussitôt leurs bataillons funèbres. « Compagnons, compagnons! dit le sinistre oiseau, Allons, sans nul retard, détruire le flambeau Dont l'éclat nous poursuit au sein de nos ténèbres. Les paysans étaient plus modestes jadis :

Ou la résine grésillante, Ou quelque huile fétide, aux solives pendante, De sa lueur blafarde attristait leur taudis.

Ce fameux siècle des lumières, Ainsi que les châteaux, envahit les chaumières...

La chandelle est venue, et la bougie après ; L'homme compte les jours par d'incessants progrès, Et nous sommes perdus si nous le laissons faire ; Des globes réflecteurs, des verres grossissants,

Font rejaillir dans l'atmosphère

Mille rayons éblouissants.

Vous le dirai-je, hélas ! l'iiomme, ennemi des ombres, Pour nous chasser enfin de nos retraites sombres, S'éclaire avec le gaz et l'électricité ! Mais sur vous vainement je n'aurai pas compté. Et nous étoufferons cette flamme nouvelle Qui de notre rival protège le sommeil.

Ah! pour jouir en paix d'une nuit éternelle, De même puissions-nous éteindre le soleil ! » A ces mots, les oiseaux, avec un bruit horrible, Fondent sur la lumière, à leurs coups insensible.

Qu'arriva-t-il? vous allez le savoir :

Chacun d'eux à la flamme ayant brûlé son aile

Et sa prunelle.

Regagna, comme il put, son nocturne manoir, Et le pauvre hibou mourut de désespoir.

0 chauves-souris sépulcrales.

Hiboux qui fréquentez les vieilles cathédrales, Chats-huants de la Bourse et des donjons poudreux, Croyez-moi, du progrès le flambeau ne doit craindre Ni vos noirs bataillons ni vos plans ténébreux : Jamais, en vérité, vous ne pourrez l'éteindre!...

LE CERFEUIL ETLACIGUC.

Le cerfeuil odorant et la ciguë amère Côte à côte vivaient sur le bord d'un chemin. Un enfant, certain jour, d'une imprudente main, Les cueille tous les deux et les porte à sa mère : « Voilà pour le ragoût de ce soir! » lui dit-il. Mais elle, avec frayeur, elle écarte la plante

Bienfaisante

De la plante au poison subtil.

« Mon fils, plus souvent qu'on ne pense, Le mal, dit-elle, est à côté du bien :

Il en a même l'apparence ; Sache entre eux, désormais, faire la différence :

De ma leçon profite bien. »

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