L'ASSAUT D'ARMES ET LE PAYSAN
On donnait un assaut dans une salle d'armes. Les maîtres, les prévôts, les simples amateurs. D'un jeu fort innocent venaient goûter les charmes. Ln lourdaud se trouvait parmi les spectateurs;
(Vêlait un paysan de Brive-Ia-Gaillarde.
Voyant que nos champions allaient se mettre en gardr.
Il sanglote et s'écrie : « Oh î ne vous tuez pas !
Je ne puis d'un poulet contempler le trépas ,
Et Ton veut que je voie un tel carnage en face !
Messieurs, laissez-moi fuir, ou finissez, de grâce...
— Es-tu fou, lui dit-on, radotes-tu, vraiment?
Ce n'est qu'un jeu paisible, un pur amusement.
In plastron rembourré cuirasse leur poitrine ;
Sous un bouton se cache une pointe assassine ;
In masque est sur leur face et des gants à leurs mains.
Tu les verras bientôt, débonnaires, humains,
En loyaux compagnons se donner l'accolade ,
Et s'en aller gaîment boire mainte rasade. »
Cet assaut de brettcurs, combat iDofl<ensif , Je le compare à ceux de certains journalistes
Que le public, par trop naïf, Croit de grands ferrailleurs, de francs antagonistes. Au Rocher de Cancale, au bal, à l'Opéra, Où chaque jour le plaisir les rassemble,
Ils s'en vont préparer ensemble
Les bottes qu'on se portera ; Ils se disent aussi comment on parera
Et comment on ripostera...
Lecteur, ne les prencte plus, par trop de confiance,
Pour des ennemis acharnés ; D'élastiques plastrons couvrent leur conscience,
Et leurs fleurets sont boutonnés...
iO LIVRE II.