‹ Fables et poésiesChapitre 242 sur 355 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

Nourri d'un vaste espoir par l'étude obtenu, Un savant sur les mers cherche un monde inconnu, Une nature vierge, aux forêts de platanes, Aux fleuves fécondants, aux riantes savanes.

Il veut, un jour, de ce sol enchanté

Faire offrande à l'humanité.

Pour ce but, il délaisse une amante chérie,

Ses biens, ses frères, sa patrie ; Aux flots capricieux il livre ses destins.

L'œil attaché sur la boussole, En vain il a vogué vers l'un et l'autre pôle»,

Et sillonné les flots lointains;

Ëgaré sur la foi de calculs incertains, Il connaît sa méprise et revient au rivage. La foule accourt sur son passage, L'accable de mépris, le traite d'imposteur,

Et lui dit : « Tout homme de cœur Soutient jusqu'à la mort le parti qu'il embrasse. »

Et lui, bravant l'injure et la menace, Sagement il renonce à son premier espoir, Et vers un autre but dirige son savoir.

Croire soleil levant le soleil qui se couche, Suivre comme une étoile un feu follet trompeur. Prêcher avec son âme ainsi qu'avec sa bouche *

Un brillant paradoxe, une flatteuse erreur,

Innocemment on peut le faire; El lorsque, mieux instruit, on retourne en arrière,

Certe, on n'est pas un apostat :

L'apostat est celui qui vend sa conscience... Bien plus, quand l'espoir fuit devant le résultat, Lorsque la vérité dément votre science.

Que près des bords fleuris vous voyez un écueil,

Persister, c'est funeste orgueil, Ténacité coupable, et sottise et démence.

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