LA ROSE LA PLUS BELLE
Un jour, range des fleurs de PEden s'envoln.
Dans un parterre il appela Trois artistes, au front brûlant de poésie, Tous amants de la forme et de la fantaisie. C'étaient : une fleuriste aux doigts capricieux, Un poêle lyrique, un peintre audacieux, Tous trois, fiers de marcher loin des routes connues, Cherchant un idéal qui se perd dans les nues. Des célestes jardins Thabitant radieux : « Pour créer, leur dit-il, la rose la plus belle,
Rose au calice sans pareil , Amis, j'attends de vous un utile conseil. » La fleuriste soudain : « J'assortirais, dit-elle, La soie et le velours à la riche dentelle ; Pour faire un tout parfait, j'ajouterais encor Aux pétales d'argent des étamines d'or !
TAULKS. .-il
T«lle je produirais une rose nouvelle. »
Le peintre : « On pourrait voir se fondre sous ma main
Le vermillon et le carmin ; La laque y mêlerait sa vive transparence ; Le brun le plus moelleux, le vert le plus intense Prêteraient à ma fleur un contour gracieux, Comme un beau cadre embrasse un tableau précieux. » El le poëte, enfin, d'une voix inspirée : « Pour créer, à mon tour, le chef-d'œuvre des fleurs, Je veux de l'arc-en-ciel marier les couleurs Aux feux étincelants de la voûte étliérée!... » L'ange des fleurs sourit d'un sourire divin ! « Je le vois, leur dit-il, vous chercheriez en vain; Sous vos yeux, sous vos pas est le beau vériUible ; La nature elle-même a tenu le pinceau : Imitez, désormais, ce modèle adorable ! >» Il prit un peu de mousse au pied d'un arbrisseau :
Avec cette fraîche auréole.
D'une rose commune il orna la corolle.
Et, dès ce jour, l'œil enchanté î)e la 7'ose mousseuse admira la beauté.
Fort d'Ivry, 2 janvier «838