LE BERGER ET LA VIOLETTE
Dans ia chaumine étroite où vit la pauvreté, Comme sous les lambris où s'endort la mollesse,
La nature, dans sa largesse, Fil naître le désir d'un éclat mérité.
Un poëte-berger (la poésie inspire Les ouvriers des champs et ceux de l'atelier ; Au temple du travail sa lampe aime à veiller, Et parfois le marteau s'accorde avec la lyre) Un poëte-berger module une chanson :
« Humble et modeste violette Qui te caches sous le buisson...
— Je ne me cache pas ! interrompt la fleurette. Si j'ai reçu le jour sous le rude arbrisseau. C'est l'avare destin qui me fit ce berceau. Mais bientôt je renonce aux lieux de ma naissance ; Ma couleur, mes parfums signalent ma présence;
D'un amant quelquefois le doigt ensanglanté
Avec bonheur m'attache au sein de la beauté ;
Je devance toujours la rose printanière;
Aux bals, dans les concerts, au théâtre, aux salons.
On accorde la palme à la fleur des vallons...
Jadis d'un empereur j'ornai la boutonnière!
Que rêve, dans ses nuits, l'humble fille des champs?
Un brillant mariage, une riche toilette ;
Ne vois-tu pas la gloire en tes rustiques chants?...
Ah î crois-moi, de la violette
Les poètes ont trop vanté L'antique modestie et la simplicité. >>
Rade de Brest, à bord du IHtguesclin^ t9 Janvier 1852.