LE MAQUIGNON, L'ANE ET LE BŒUF
Un jour , par certain maquignon Un baudet forl ciiétif est conduit à la foire.
Notre roussin, s'il faut en croire Le portrait séduisant fait par son compagnon , Est un âne accompli : « Voyez, il est mignon !
Il est robuste, il fait merveilles!
Comme ses pieds sont beaux! comme son poil est fin!.
— On sait m'apprécier enfin , Dit l'àne , en redressant ses deux longues oreilles !
Mon maître est juste; honneur à lui! » Un bœuf, tout près de là, se lassant de l'entendre : « De louanges , dit-il , s'il t'accable aujourd'hui ,
C'est que ton maître veut te vendre. »
Sot auteur d'un sot livre, enfin tu viens à bout
De te faire éditer, et voilà que partout, Par l'annonce et par la réclame, Comme un génie on te proclame ;
FABLES. i7
De la littérature on te dit le soleil.
Tu prends ce bruit déclamatoire Pour la trompette de la gloire,
Et tu vois dans ton œuvre un trésor sans pareil..
Ëh bien ! ton éditeur, s'il faut qu'on te le dise,
Pour s'en débarrasser, vante sa marchandise.