‹ Fables et poésiesChapitre 27 sur 355 · MÉDOR · texte numérisé non relu

MÉDOR

Efflanqué , souffreteux , constamment enchainc , Médor dans son chenil hurlait comme un damné.

Quand près de lui chacun passe et repasse ,

Tous à Tenvi savent le fustiger; Mais aucun ne lui donne un seul os à ronger. Pourquoi? — C'est que Médor n'est pas de l»onne race, C4'est qu'il n'a pas le poil assez fin , assez beau. Le maître pour Azor réserve les caresses, Les morceaux délicats , les soins , les gentillesses ;

Médor a les coups pour cadeau.

Le maître, armé d'un fouet, gagne un jour le tonneau Où notre paria traîne son existence :

« Je m'en vais, lui dit-il, t'étriller d'importance , Et payer dignement ton infernal sabbat. »

Disant ces mots, il le bat , il le bat , Tant que son pauvre dos n'est plus qu'une blessure.

FABLES. i'S

Mais de sa chaîne enfln Médor se délivrant,

S'élance au cou de son lyran , Et lui (ait à la face une large morsure.

Les domestiques accourant Vont délivrer leur maître et saisir le coupable. Chacun s'efforce alors d'inventer un tourment Capable d'expier ce crime abominable.

« 11 faut le fusiller, dit quelqu'un... — Doucement! il faut l'écorcher vif... — Non pas , il faut le pendre... >

C'est un bruit à ne plus s'entendre.

Mais un voisin leur dit : « Amis, assurément, Vous auriez évité ce triste événement , Si vous aviez voulu, du chien brisant la chaîne ,

Lui ménager un meilleur sort.

Or, maintenant, quelque genre de mort

Que lui prépare votre haine, Je soutiendrai toujours que seuls vous avez tort , Car vous pouviez en faire un serviteur fidèle , Et vous n'en avez fait qu'un esclave insoumis. »

Chez nous un crime est-il commis , Tous nos législateurs, se piquant d'un beau zèle, Forgent cent lois pour le punir :

Que font-ils pour le prévenir?...

i6 LIVRE II.

YII

Page 1