‹ Fables et poésiesChapitre 286 sur 355 · LE FILS · texte numérisé non relu

LE FILS

Ce coursier merveilleux, ce moteur tout-puissant,

Dont le fer est le corps, dont la vapeur est Pâme,

Que le chauffeur nourrit d'eau, de houille et de flamme,

Du sein de l'atelier s'échappe hennissant.

Où vont les aquilons, le cerf, l'aigle intrépide?

Ils luttent de vitesse avec son vol rapide !

Vains efforts ! il dépasse, en ses fougueux élans.

Le cerf aux pieds légers, les oiseaux et les vents.

Que des monts sourcilleux se dressent sur sa route,

Pour lui livrer passage ils entr'ouvrent leurs flancs ;

Dans le roc le plus dur il se creuse une voiite ;

Ni le fleuve écumeux, ni l'abîme béant,

Ne peuvent dans sa marche arrêter le géant ;

Des ponts, des viaducs à ses rails parallèles

Offrent subitement leurs arches fraternelles :

Et que la grande mer lui dise : Halte-là !

Un bateau se présente, et répond : Me voilà î

Et, traçant un sillon de l'un à l'autre monde, L'homme avec la vapeur fend l'Océan qui gronde. Qui sait? prenant, un jour, un vol audacieux. Tous deux ils tenteront le voyage des cieux î

Jadis, c'était le temps des contes fantastiques, L'enchanteur et la fée, aussi prompts que l'éclair, A leur gré parcouraient les royaumes de l'air : La vapeur accomplit ces rêves poétiques. C'est un agent si fort et si prodigieux, Que Salomon de Gaus, voulant à nos aïeux En faire pressentir le résultat immense , Fut accusé d'erreur, convaincu de démence. Certain jour, dans un vase étroitement fermé. L'onde bouillant au sein du foyer enflammé, Dans sa prison de fer en vapeur se dilate ; Avec un bruit de foudre enfin le vase éclate. Salomon à la cause, en voyant les effets. Remonte, et la vapeur, et ce levier suprême , Qui du bonheur humain résoudra le problème, Lui dévoile à la fois sa force et ses bienfaits. L'idée en son cerveau vient grandir et s'étendre ; Du cardinal-ministre il veut se faire entendre; Mais, de la politique alors préoccupé, Méditant des combats, ou, par malheur, peut-être Par des savants jaloux le grand homme trompé, Fit chasser l'importun... qui mourut à Bicêtre. Tel fut souvent le sort du génie incompris.

Vous avez vu des prés, par le soleil flétris, Ne donner aux troupeaux qu'un aliment stérile ;

3i)8 POÉSIES DIVERSES.

Nul ruisseau généreux, nulle source fertile Dans le sol altéré n'infiltrait leurs engrais. Mais on y creuse enfin des canaux purs et frais ; Et, riante, l'on voit la verdure renaître ; Et les bœufs bondissants y viennent se repaître.

Ainsi, dans les bamcaux que n'ont point arrosés Les abondantes eaux des bords civilisés, Régnent la pauvreté, l'ignorance, l'envie. Des artères de fer le réseau bienfaisant Sur tous les points du sol s'élendant, se croisant, Dans le corps social fait circuler la vie. Chaque cité devient un vaste réservoir D'où coulent à longs flots et richesse et savoir. Une communion de mœurs et de langage.

Des hommes, des produits les faciles transports, Tous les peuples unis par d'incessants rapports, D'une féconde paix n'est-ce pas là le gage? Frontières, ouvrez-vous ; barrières et remparts, Tombez, c'est la vapeur qui vient de toutes parts. Est-il une contrée, à tout progrès rebelle, Qui, refusant les fruits d'une moisson si belle, Ne vienne prendre place à ce banquet promis, Où tous sont appelés, où tous seront admis ? Lorsque Napoléon, captif à Sainte-Hélène, Vit le Fulton passer sur la Uquide plaine, Il fut pris d'un regret bien profond, bien amer, De pas n'avoir compris l'élément dont la force Lui pouvait assurer l'empire de la mer. Mais Dieu ne voulait pas que l'aigle de la Corso.

Poursuivant jusqu'au bout son !)elliqueux transport. De l'instrument de paix Ht l'instrument de mort.

L'iiommc enfin revenant àsa flerté native, Pour se faire obéir, rend la vapeur captive. Docile, elle lui dit : Médite, j'agirai ; Elle lui dit : Commande, et je te ser\'irai. "^ Et riiomme, glorieux de sa noble conquête, Renonce aux durs travaux et relève la tête. Cent fois et mille fois, par ses soins importants, Aussi bien que l'espace elle abrège le temps. Décuplant, centuplant les puissances humaines, On la voit dessécher les mines souterraines, Dans l'usine agiter les sonores marteaux. Lever, en se jouant, les plus rudes fardeaux ; Puis on la voit, flleuse adroite et délicate, Tisser l'or et la soie et tourner les fuseaux : Tel le roi des forêts tient un rat sous sa patte, Sans lui faire de mal, près du tigre abattu ; Tel, après ses exploits. Hercule, revêtu De la peau du lion, dépouille triomphale, Amant doux et soumis, lilait aux pieds d'Ompiiale.

LE PÈRK.

L'espérance l'abuse, ô mon flis ; la vapeur, De la fatalité c'est un présent trompeur. Ce fléau que versa la boîte de Pandore, Comme les dieux cruels, comme le Minotaure,

Dans sa rage implacable a soif dn sang humain. Il en voulut hier, ii en voudra demain. A ce monstre Lyon, Liverpool et Versailles Ont payé leur tribut d'horribles Tunérailles.

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