LE FILS
he cheval, avant d'être et souple et familier,
Avant de supporter ou le mors ou la bride.
Au fond d'un noir ravin, dans quelque lande aride
Lança plus d'une fois le hardi cavalier.
Mcis de l'homme, qu'enfin il reconnut pour maître,
Il fut le serviteur fidèle, obéissant.
A toute invention, c'est une loi peut-être,
Il faut payer sa dette et de pleurs et de sang.
Mais que dis-je, ô mon Dieu ! quelle erreur, quel blasphème î
Ah! c'est l'homme lui seul, non ta bonté suprême.
Que de nos longs malheurs j'ai le droit d'accuser;
Avec précaution nous devons tout oser.
Mon père, croyez-moi, la vapeur, achetée
Par des deuils éternels, est à jamais domptée.
Oui, le génie est roi de la création.
N'écoutant qu'une noble et sainte ambition. Il parcourt son domaine et soumet la matière ; II impose des lois à la nature entière ; Tout obéit, tout cède à ses constants efforts. La terre sous ses pas tressaille d'allégresse, Et, se parant de fleurs, étalant sa richesse, A son fils, à son maître elle ouvre ses trésors.
POÉSIES DIVERSES. UH
Dieu ne se voile plus de ses mystères sombres; A PrométUée absous il prête son flambeau ; La presse des esprits a dissipé les ombres : Chaque jour nous révèle un élément nouveau ; Et la vapeur enfln, reliant ces conquêtes, Ramène Page d'or tant chéri des poètes.
D'un monde imaginaire empruntant les couleurs.
Longtemps la poésie a vécu de symboles,
De mensonges dorés, de mythes, d'hyperboles,
Ou, du monde réel étalant les malheurs,
Elle chanta la mort, soupira l'élégie.
Et, pour se consoler, se vautra dans l'orgie.
Barde, n'exalte plus les combats destructeurs ;
Célèbre désormais, pacifique Tyrtée,
Les amours, les beaux-arts, les travaux créateurs;
0 nouvel Amphion, qu'à ta voix enchantée
Naissent des monuments utiles, glorieux ;
Poëte, à la douleur que ton luth fasse trêve ;
La vérité bientôt remplacera le rêve.
El la réalité sera le merveilleux.
A vous une couronne, à vous une statue, 0 Salomon de Caus, Watt, Papin et Fulton ! De génération en génération Votre nom grandissant vole et se perpétue. Chacun de vous, sublime en sa témérité. Osa de la vapeur pénétrer le mystère : Vos travaux seront chers à la postérité ; Ils ont renouvelé la face de la terre.
LArilAMRF.AVniE.
SI
LE PÈRE
0 mon fils, à mon cœur il est doux d'entrevoir Ce riant avenir que je n'osais prévoir. Je croyais des mortels la race infortunée Dans l'exil et les pleurs à vivre condamnée. Oui, le ciel apaisé nous rendra son amour. Dans toute sa splendeur si je ne vois ce jour Qui se lève sur vous, éclatant météore, J'ai du moins le bonheur d'en saluer l'aurore.
LE MÉDECIN
Rencdictus qui venil in nomine Doniini !.. .
(ÉvA!<f..)
Lorsque l'antique foi, vers les cieux envolée, Laisse veuve ici-bas notre âme inconsolée, Et que l'encens s'élève aux autels du veau d'or ; Lorsqu'au saint dévoûment l'égoïsme succède^ Que le pauvre maudit le destin qui l'obsède, Que l'amour est vénal, que l'amitié s'endort :
POÉSIES DIVERSES, i03
Honneur à ces mortels dont le nob]« courage Des fléaux destructeurs ose, braver la rage , Dont le bras toujours fort lutte avec le trépas !... Gloire à ces demi-dieux !... leur science profonde Vaut mieux que la richesse où notre espoir se fonde : Leur sourire est le seul qui ne trahisse pas.
Vous qui volez partout où gémit la souffrance, A chaque désespoir offrant une espérance, Ma muse vous préfère aux plus vaillants guerriers. Hommes aux doux regards, aux suaves paroles, Anges qui sur vos fronts portez des auréoles, Acceptez mon hommage et mes frêles lauriers.
Sous deux manteaux sacrés je vous vois apparaître ; Le manteau d'Hippocrate et la robe du prêtre Entrelacent pour vous leurs replis fraternels ; Car, ainsi que nos corps, vous sauverez nos âmes, Et vous saurez mêler, mystérieuses flammes. Aux secrets d'ici-bas les secrets éternels...
Ainsi, lorsque Jésus, au bord de la fontaine, Disait la parabole à la Samaritaine, Quand d'une pécheresse il bénissait les pleurs, Ou portait au bercail la brebis qui s'égare. Sa voix du froid cercueilressuscitait Lazare, Et du paralytique apaisait les douleurs.
Fidèles au malheur dont le cri vous réveille, Vous visitez l'asile où la charité veille,
L'humble paille du pauvre et i'édredon des rois ; De Tenfanl au berceau, du vieillard qui chancelle Quand s'éteint par degrés la dernière étincelle, De l'agonie en pleurs vous allégez la croix.
Quand l'horrible typhus, la peste au souffle immonde.
Va dévorant sa proie et décimant le monde,
Dans ses flancs ténébreux vous fouillez tour à tour,
Et le fléau terrible, aux ailes redoutables,
0 prodige! ô bonheur! vous trouve invulnérables,
Et vous sortez vivants des ongles du vautour !...
Oh ! de l'humanité vous êtes les apôtres ! L'astre de votre gloire éclipse tous les autres ; Au fond de tous les cœurs vous avez des autels ; Et je veux que bientôt le barde prophétique, Évoquant de son luth la flamme poétique, Divinise vos noms dans ses chants immortels !
Ami, vous êtes grand parmi ceux que je chante : Grâce, bonté, génie, en vous tout nous enchante : Un archange du ciel se plut à vous bénir; Et sans doute une fée, agitant des corbeilles Pleines de doux parfums et de blondes abeilles. De mille talismans dora votre avenir.
Comme l'enfant coupable, en sa frayeur amère. Dans les bras d'une sœur, sur le sein de sa mèro. Va chercher un abri contre un père en courroux. Ainsi le malheureux que la douleur accable.
Pour conjurer du mal le fantôme implacable, Se sauve sous voire aile et n'espère qu'en vous.
11 dit que sous vos pas vous semez des miracles, Et que de voire bouche émanent des oracles Dont la magie empêche une âme de partir; Et vous, vous souriez ; et, plus le danger presse, Plus douce est la liqueur, plus tendre est la caresse Que votre main prodigue aux adieux du martyr.
Vous atteignez du front les plus sublimes têtes î Dans les champs du progrès, riches de vos conquêtes, Vous creusez des sillons où naissent des primeurs. Laissez des détracteurs les hordes fanatiques Traiter tous vos efforts de rêves fantastiques; Courage! des méchants méprisez les clameurs...
Sachez que la science est une forêt sombre Où croissent sous les fleurs des épines sans nombre. Où siflle un noir serpent qui jamais ne s'endort. Ce serpent, c'est l'envie, hydre affreuse sans doute ; Mais pour qui peut franchir les dangers de la route. Bientôt au fond des bois brille le rameau d'or!...
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