‹ Fables et poésiesChapitre 288 sur 355 · LÉONTINE · texte numérisé non relu

LÉONTINE

« Ce soir, quand la lune argentine Promènera sur nous son disque triomphant Nous irons au hameau qui berce Léontine. Sous un chaume paisible, au haut d'une colline, Une femme joyeuse allaite mon enfant.

Nous partirons quand ma mère endormie

Recueillera les songes du passé.

Pendant longtemps encor que son esprit bercé Ignore.... Ah ! si jamais quelque voix ennemie Lui découvrait Terreur qui fascine ses yeux, La douleur au tombeau conduirait sa vieillesse. Ciel, prolonge l'instant des pénibles aveux !... Venez; vous remplirez le plus doux de mes vœux. — Oui, je viendrai, — lui dis-je ; et je tins ma promesse. Quand j'arrivai, le soir, douteuse, elle attendait,

Et, soucieuse, elle écoulait Si rien ne vient troubler sa mère qui sommeille.

A son bras pend une corbeille Où sa main, dans le jour, a clos soigneusemoni Lcshochefs de l'enfance et le pain du voyage.

Hors des loits sortis leBtemetit,

Nous essayons sans l)f uii le doux pèlerinage.

Soudain ma voix murmure avec ravissement :

« Mortels, enivrez-vous du pavot salutaire,

Et de nos pas furtifs respectez le mystère.

Pendant l'heure des nuits, si votre œii curieux

Dans les sentiers déserts nous (^servait tous deux,

Votre souffle empesté noircirait notre vie,

Car j'ai pleuré souvent des fureurs de l'envie. >»

Cependant, silencieux,

Des chemins isolés nous franchissons l'espace.

Telle une ombre, agitant de funèbres flambeaux,

De ia terre des morts effleure la surface

Et dans l'obscurité visite les tombeaux ; Ou tel le pasteur des hameaux,

Pieux, atteint le seuil où languit la misère,

Allège sa souffrance et lui promet les cireux.

Sur nous passait une brise légère,

Aussi douce à nos cœurs que le baiser d'un frère,

Que l'haleine des bienheureux.

Et la sœur du soleil de son phare nocturne Répandait la lueur et passait taciturne. Oh ! je préfère, moi, cette molle clarté A tout l'éclat du jour <}ui brille avec fierté. L'âme alors s'égarant dans la foule des songes, Heureuse, boit l'erreur de leurs vagues mensonges. « Votre enfant, m'écriai-je, assise en son berceau, Voit un ange de Dieu qui voltige autour d'elle, Car ces esprits d'en-haut caressent de leur aile

Le naissant et frêle arbrisseau...

Derrière fuyaient les campagnes ; Gaîment nous gravissions i'âpreté des montagnes. Quand nous voyons ie chaume où Léontine dort. « C'est là, voyez, c'est là ! dit la mère ravie. Je t'embrasserai donc, ô mon ange, ô ma vie î J'aurai donc sur mon sein ce précieux trésor!... Chantez-moi, poursuit-elle, un de ces airs cliampètres Que fait entendre au loin le jeune pastoureau Lorsqu'il conduit aux bois ie troupeau de ses maîtres. Elles croiront alors, les fllles du bameau, Entendre un beau berger que le ciel leur envoie ; Elles tressailleront d'espérance et de joie. » J'entonne sur-le-champ de rustiques chansons ; L'écho des bois s'éveille et reconnaît ces sons. La mère cependant, vers la porte élancée, A coups redoublés frappe, et d'une voix pressée S'écrie à plusieurs fois : « Montagnards, levez-vous ! » Et de longtemps sa voix ne put être entendue : Le sommeil est aux champs bien profond et bien doux. Mais on ouvre, et chacun s'empresse autour de nous, Et de chacun bientôt l'étrangère est connue. Des berceaux sont épars; son regard les suit tous... « Ne troublez pas l'enfant ! dit ta seconde mère : Léontine savoure un tranquille sommeil.

Attendez ; je vais, moi, découvrir sa paupière, Et son front sourira, rayonnant et vermeil. » Mais ce murmure étrange éveille Léontine ; Soudain des cris aigus annoncent son effroi,

El sa mère, pleine d'émoi.

Pour apaiser ses cris sur la couche s'incline.

Elle dépose alors Mille baisers brûlants sur la lèvre enfantine. Des pleurs délicieux révèlent ses transports. Impétueux élans de l'amour maternelle, De vous qui peut tracer une image fidèle? Moi, je brise ma plume et mon faible pinceau : Les mères, mieux que moi, vous peindront ce tableau. Elle s'éloigne enfin de la couche chérie Et s'avance vers nous, radieuse, attendrie. Aux villageois émus adressant nos adieux, Avant le jour naissant nous repartons tous deux. Notre course fut prompte, et dans la cité sombre Nos pas d'aucun mortel ne furent découverts. Quand l'astre oriental fit évanouir l'ombre Et de ses rayons d'or éclaira l'univers. On me vit promener avec indifférence, Et nul ne se douta d'une si courte absence.

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