LE CHEMIN DE L'EXIL
MABS 1852.
V Allier, le Mogador^ le Duguesclin sont prêts : Partez pour la Guyane et la rive africaine î Fier de vos souvenirs, triste de mes regrets. J'ai choisi pour exil une terre prochaine.
4^12 POÉSIES DIVEUSES.
L'amour est dans nos cœurs, chez nos juges, la liaine Mais je n'ai pas compris leurs différents arrêts ,
Car, si rêver pour son seml)lable. De longs jours de bonheur sans cesse renaissans Est acte méritoire ou crime impardonnable.
Autant que vous je suis coupable .
Autant que moi vous êtes innocens.
Salut vieille Armorique, ô plage hospitalière î Tes fils avec transport accueillent les proscrits. Nous avions sur ton sol de généreux abris ; Une voix consolante, une main familière
Versaient leur baume en nos esprits.
El moi qu'une muse constante *
Dans sa robe d'azur, toutes les nuits, endort, Sur les dolmen gaulois je déployais ma tente : Le gui sacré tombait sous ma faucille d'or,
Et dans les forêts druidiques Des bardes j'entendais les harpes prophétiques, Et mes contemporains, les poètes bretons, Accouraient vers leur frère échappé des pontons... Mais la réalité dissipait ce beau rêve :
Point de relâche ni de trêve î
Et la voix du sombre alguazil Criait : « N'oubliez pas le chemin de l'exil î »>
L'hiver qui longtemps nous assiège Gagnait sa froide région ; El doucement fondaient la nelgo.
La neige de mon Ame et son affliction.
POÉSIES DIVERSES. ilô
La pâquerette solitaire Absorbait du soleil les rayons éclatans.. .
Dans mon cœur comme sur la terre.
Déjà renaissait le printemps.
Bercé par le courant de molles rêveries,
Du ^miou j'entendais les sons,
Du rouge-gorge les chansons ; J'admirais, déployant leurs corolles fleuries,
Les narcisses dans les prairies,
Les fleurs de lait sous les buissons ;
Et voyant du sein des villages Les clochers, doigts de Dieu, monter vers les nuages, Je me disais : Enfin, abritons pour toujours, A l'écart, sous un chaume et sous de frais ombrages, Et mon corps, et mon âme et toutes mes amours... Mais la réalité dissipait ce beau rêve :
Point de relâche ni de trêve !
Et la voix du sombre alguazil Criait ; « N'oubliez pas le chemin de l'exil ! >>
A cet appel nouveau redoublant de courage, Et le jour et la nuit je poursuis mon voyage.
Je vois Landivisiaux, Morlaix ; La vague de la mer me porte en Normandie, Et l'antique cité qui règne en Picardie
Est le dernier de mes relais.
Là, bientôt oubliant mes malheurs et mes crimes
Et les bourreaux et leurs victimes.
J'embrassais mon enfant, ce précieux débris
D'une famille dispersée,
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iU POÉSIES DIVERSES.
J'embrassais une amie, à le suivre empressée,
Qui me disait : « Tous trois retournons à Paris!... »
Mais la réalité dissipait ce beau rêve :
Point de relâche ni de trêve !
Et la voix du sombre alguazil Criait : « N'oubliez pas le chemin de Texii ! »