‹ Fables et poésiesChapitre 327 sur 355 · J'AI TRENTE ANS · texte numérisé non relu

J'AI TRENTE ANS

Air de la Partie carrée.

J'avais quinze ans lorsqu'un vieillard morose

Dit à mon père : « Écoute bien :

L'art de prédire est une triste chose...

Jamais ton ûls ne fera rien. »

De la boutade du vieux sage,

Incrédule, j'ai ri longtemps ; Hélas ! trop bien s'accomplit le présage : Je n'ai rien fait, et j'ai déjà trente ans.

Je bâtissais des châteaux sur le sable, Châteaux qui ne vivaient qu'un jour;

Je poursuivais un rêve Insaisissable, Un rêve de gloire et d'amour.

Après une trop longue enfance, J'ai vu s'envoler nnon printemps.

Adieu l'amour, ainsi que l'espérance :

Je suis bien pauvre, et j'ai déjà trente ans.

J'aime les arts que le peuple idolâtre, J'aime les vers enfants du ciel ;

J'aime la lyre et les chants du théâtre. Et les vierges de Raphaël.

Mais, comme un mendiant contemple De loin les palais éclatants.

Je ne m'assieds qu'à la porte du temple :

Je suis sans gloire, et j'ai déjà trente ans.

Mais écartons la trop cruelle image

D'une affreuse réalité ; A notre siècle -une voix dit : Courage!

C'est la voix de la Liberté.

Contre la paix et la justice

Se brisera la faux du Temps.

Je veux porter ma pierre à rédiflce :

Le siècle marche, et j'ai déjà trente ans.

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