‹ Fables et poésiesChapitre 4 sur 355 · L'OMBRE DE SALOMON ET LE LABOUREUR · texte numérisé non relu

L'OMBRE DE SALOMON ET LE LABOUREUR

A certain laboureur le plus sage des rois En songe apparut une fois :

« A tes pieds, lui dit-il, contemple

La fourmi, du travail suivant les saintes lois ,

Et son activité te servira d'exemple. »

A ces mots s'envola l'ombre de Salomon.

De la charrue alors saisissant le timon ,

L'homme aux champs chaque jour allait avant l'aurore.

A quatre-vingt-dix ans il labourait encore,

Lorsqu'un soir reparut l'antique vision :

« Eh quoi! jusqu'à la mort tu travailles? dit-elle.

— Vous m'ofTrîtes jadis la fourmi pour modèle...

— Mais, l'été, la fourmi fait sa provision Pour vivre, dans l'hiver, à l'abri de l'orage/. L'hiver, c'est la vieillesse , et l'été , le jeune âge : L'homme a droit au repos, ainsi que la fourmi...

— Sans relâche au travail la misère m'enchaîne ,

FABLES iti

Car le travail du jour au jour suffit à peine.

— N'as-tu pas quelque fiis ou quelque jeune ami Dont le bras vigoureux du travail te dispense?

— Comme moi, pour compagne ils ont la pauvreté!

— Au laboureur, grand Dieu , donne sa récompense î

Dit l'ombre; accorde, en ta bonté.

Un travail fructueux à Tardente jeunesse, Et du repos à la vieillesse!... »

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