‹ Fables et poésiesChapitre 45 sur 355 · LE LABOUREUR · texte numérisé non relu

LE LABOUREUR

D'un terrain rocailleux maudissant la culture , Guillot laisse ses bœufs errer à l'aventure,

Brise et rejette au loin l'impuissant aiguiilon ,

S'assied, désespéré , sur un triste sillon ,

Et dit : < Je ne veux plus, sur un sol infertile ,

Supporter les sueurs d'un labeur Inutile ;

Dans ces champs de cailloux , de ronces hérissés ,

Vingt bœufs , avant le soir , tomberaient harassés ;

Puis , les oiseaux du ciel , avant qu'ils soient en herbe ,

Dévoreront les grains par ma main dispersés,

Et, plus tard, la tempête et les vents courroucés

Ne me laisseront pas récolter une gerbe... >»

Aussitôt un passant, qui l'avait entendu,

Vient lui rendre en ces mots l'espoir qu'il a perdu :

« Tu t'imposas, sans doute, une pénible tâche ;

Eh bien ! jusqu'à la fln poursuis-la sans relâche ;

Arrache , chaque jour, avec acharnement ,

Les ronces, les cailloux qui causent ton tourment,

El lu verras , malgré les oiseaux et l'orage ,

D'abondantes moissons le payer ton courage... »

Vous qui de l'avenir creusez les vastes champs. Et semez du progrès la semence céleste , Si plus d'un épi meurt sous le pied des méchants, De l'incrédulité si le souffle est funeste , Sachez d'un dur labeur vaincre les longs ennuis ; Par la persévérance enfantez des prodiges. De grandes vérités mûriront sur leurs liges , Dont les peuples un jour recueilleront les fruits.

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