LE ROI ET LES MINES D'OR
Dans un pays fertile en mines d'or, Un prince , à son orgueil donnant un libre essor ,
Disait : « Les mines du Potose , Près des nôtres , ma foi , vaudraient fort peu de cliose , Et Crésus, entre nous, n'était qu'un mendiant.
Les merveilles de l'Orient Vont pâlir à ma voix ainsi qu'un vain fantôme : Je veux que dès demain on pave mon royaume
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De ce métal divin à l'éclat sans pareil , Et que cent palais d'or éclipsent le soleil.
Pauvres qui vous courbez sans cesse Pour de maigres épis sur des sillons ingrats , De plus nobles travaux réclament tous vos bras ; Dans les flancs de la terre est l'unique richesse!... » Dès qu'un roi dit : Je veux ! sans aucun examen
Les courtisans disent : Âmen !
Ils applaudirent tous à cette œuvre insensée. La reine, alors, voyant la glèbe délaissée
Pour une futile moisson , Réserve à son époux une haute leçon :
Une femme a toujours quelque sainte pensée.
Elle annonce pour certain jour Un festin somptueux au monarque, à sa cour. Le jour dit , au salon la foule qui s'avance Des mets les plus exquis savoure l'espérance. L'heure du banquet sonne , et l'on apporte enlin Des plats tout chargés d'or, mais de l'or le plus fin , Qu'on place en observant l'ordre et la symétrie. « C'est, pensa-t-on d'abord, pure plaisanterie; On veut par ces retards aiguiser notre faim ; Patience ! les dents vont faire leur office. »
On attend le second service :
Au second, au dernier, qu'apporte-t-on encor? De l'or; puis au dessert? de l'or, toujours de l'or. « Vous le voyez , seigneurs , dit la sage princesse , Ce métal attrayant n'est qu'un fictif trésor, Et sans ragriculîure il n'esl pas do richesse!... »