L HOMME ET LE MOINEAU
Un homme , un beau matin , va visiter les champs ; C'est rheure où les oiseaux font entendre leurs chants .
Où des zéphirs la douce baleine
Réveille les fleurs dans la plaine .
Un moineau cependant fait retentir les cieux De ses battements d'aile et de ses cris joyeux. « Âh î cet oiseau , dit l'homme , est la touchante image
D'un cœur simple et religieux ; Avec quel saint transport il va de son hommage
Saluer l'astre oriental ,
Et chanter, comme l'alouette , Aux pieds de rÉlernel son hymne matinal! ^' Notre homme dans sa poche avait une lorgnette ;
Vers le moineau la dirigeant , Il voit , quelle surprise î un essaim voltigeant
De moucherons dont l'oiseau fait sa proie. a Âh ! je distingue mieux, dit-il , en ce moment, D'où viennent ces transports et ces longs cris de joie. »
Tel poëte au moineau ressemble, assurément : Son âme , dites-vous , loin des sentiers immondes , Sur des ailes d'azur, visite d'autres mondes
Et de célestes régions ; Vous croyez qu'elle a ceint la divine couronne, Que c'est Dieu qui l'inspire et qu'elle s'abandonne
A de sublimes visions...
Si vous le dépouillez de sa robe mystique , Vous verrez s'envoler son Éden poétique
Et vos douces illusions.
Voyez : il rit de ceux dont l'âme vierge encore N'encense que la gloire et son trône immortel ;
L'or seul est le dieu qu'il adore ; II n'a pas d'autre muse, il n'a pas d'autre autel...
YIII