‹ Fables et poésiesChapitre 61 sur 355 · L'ENSEIGNE DE CABARET · texte numérisé non relu

L'ENSEIGNE DE CABARET

Devant un cabaret ces mots étaient écrits : Aujourd'hui vous paîrez le pain, le vin, la viande;

Demain vous mangerez gratis.

Jnnot , que l'enseigne affriande ,

Dit : « Aujourd'hui je n'entre pas :

Il faudrait payer la dépense; Mais demain je vais faire un si fameux repas Que le cabareticr s'en souviendra , je pense. »

Le lendemain , on voit entrer Janot Qui va se mettre à table et s'écrie aussitôt :

« Servez vite, maître Grégoire!

Servez ! jusqu'à la nuit je veux manger et boire î Apportez du meilleur; je suis de vos amis ! »

A peine le couvert est mis Qu'il faut voir mon Janot des dents faire merveilles , Et vider bel et bien les plats et les bouteilles. S'étant lesté la panse , il se lève gaîment , Et sans cérémonie il regagne la porte.

Mais Grégoire l'appelle et lui dit brusquement : « Mon brave ! il faut payer avant que l'on ne sorte î

— Vous riez, dit Janol, vraiment,

Et la plaisanterie est forte ; Vous deviez aujourd'hui , si je m'en souviens bien ,

Nous servir à dîner pour rien...

— Oh! répond l'hôtelier, votre erreur est extrême. Car je dis aujourd'hui ce qu'hier je disais : Regardez, tous les jours mon enseigne est la même.

— Vous ne m'y prendrez plus , dit l'autre, désormais , Et vous ne m'eussiez pas leurré par un vain conte ,

Si j'avais su qu'à votre compte Demain signifiât jamais. »

Page 1