LA VERGE DE MOÏSE
I^ baguette, docile aux ordres d'une fée^ Pour une simple femme est un simple fuseau ; Douce flûte de Pan , tendre lyre d'Orphée , Vous ne seriez aux mains de l'enfant au berceau Que des cordes sans voix, qu'un stupide roseau. « Peuple , disait un jour la verge de Moïse , SI jamais tu parviens à la terre promise , De civiques lauriers ne couronne le front
De Moïse ni d'Aaron ; L'encens et les lauriers sont dus ù mes prodiges : J'ai confondu les vains prestiges Des magiciens de Pharaon ; Quand tu fuyais l'Egypte et l'esclavage . Et nos fiers ennemis qui te glaçaient d'efTroi , Les flots de la mer Rouge, en s'ouvrant devant moi, A ton salut livrèrent un passage, A nos tyrans creusèrent un toml)eau ;
Plus tard , cédant à ma puissance , Le rocher du désert t'abreuva de son eau , Et puis... » On mit un frein à sa folle jactance ,
En lui disant : « Faible roseau , Du trône où tu t'assieds abandonne le faite ; Des miracles nombreux qui font notre bonheur
Ne revendique plus l'honneur :
Tu n'es que l'instrument du ciel et du prophète! »