‹ Fables et poésiesChapitre 77 sur 355 · LE LION ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE LION ET LE RENARD

Un sujet du lion , contre sa majesté,

Certain jour, s'étant révolté ,

Se cachait, résolu de ne jamais se rendre.

En vain mille espions furetaient dans les l)ois ; Aucun ne pouvait le surprendre.

A son prince un renard propose de le vendre :

« Celui qui met , dit-il , vos limiers aux abois ,

Des amis constamment se montra le modèle ;

En plus d'une rencontre il fut mon bienfaiteur.

Je le livre pourtant, pour vous prouver mon zèle Et mériter votre faveur.

FABLES. m

J'ai su découvrir sa retraite , Et , foi de fin renard , je vous promets sa tète. •• Le marché se conclut ; le rebelle est livré , Et le nouveau Judas va toucher son salaire. A quelques jours de là , de ses gens séparé , Le roi se promenait ; or, l'ayant rencontré , Le renard le salue , et le prince en colère Rugit. « N'ai-je donc pas, dit l'autre, pour vous plaire, Traduit à votre barre un criminel d'État? Sans moi l'impunité couvrait son attentat. — Sottement, dit le roi, tu croyais, sur mon âme, Gagner mon amitié par ta conduite infâme. Ah î si l'on récompense un traître qui nous sert,

On lui voue un mépris suprême ; Et puis, mon ennemi, tu le vendis hier;

Demain, tu me vendrais moi-même... »

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