LE LION ET LE RENARD
Un sujet du lion , contre sa majesté,
Certain jour, s'étant révolté ,
Se cachait, résolu de ne jamais se rendre.
En vain mille espions furetaient dans les l)ois ; Aucun ne pouvait le surprendre.
A son prince un renard propose de le vendre :
« Celui qui met , dit-il , vos limiers aux abois ,
Des amis constamment se montra le modèle ;
En plus d'une rencontre il fut mon bienfaiteur.
Je le livre pourtant, pour vous prouver mon zèle Et mériter votre faveur.
FABLES. m
J'ai su découvrir sa retraite , Et , foi de fin renard , je vous promets sa tète. •• Le marché se conclut ; le rebelle est livré , Et le nouveau Judas va toucher son salaire. A quelques jours de là , de ses gens séparé , Le roi se promenait ; or, l'ayant rencontré , Le renard le salue , et le prince en colère Rugit. « N'ai-je donc pas, dit l'autre, pour vous plaire, Traduit à votre barre un criminel d'État? Sans moi l'impunité couvrait son attentat. — Sottement, dit le roi, tu croyais, sur mon âme, Gagner mon amitié par ta conduite infâme. Ah î si l'on récompense un traître qui nous sert,
On lui voue un mépris suprême ; Et puis, mon ennemi, tu le vendis hier;
Demain, tu me vendrais moi-même... »