LA ROSE ET LE PAPILLON
Un arbuste odorant, le papillon folâtre. Vouèrent à la rose un amour idolâtre.
Qui fut le préféré? Ce fut le papillon.
Ne riez pas, belles, je vous en prie :
Légèreté, grâce, coquetterie, N'est-ce pas pour vos cœurs un puissant aiguillon !
On vit, à la faveur d'une belle journée. Les oiseaux d'alentour confondre leurs accents, Les arbres et les fleurs d'un fraternel encens Embaumer à l'envi la couche d'hyménée, Pour fêter dignement l'épouse fortunée.
Mais pourquoi vers le soir la vit-on se flétrir,
Tomber feuille à feuille et mourir?
C'est que le papillon inconstant, infidèle, Pour de nouveaux amours s'était éloigné d'elle. « Trop juste châtiment! disaient ses jeunes sœurs : Avec l'arbuste sage, et qui n'avait pas d'aile, Elle eût d'un long hymen savouré les douceurs... »
Et moi je dis : « Ne blâmez pas la rose, Car plus d'une, peut-être, eût fait la même chose... »