LES DEUX CANARDS
Deux canards barbotaient tout le long d'une mare : « Mon frère, dit l'un d'eux, que dis-tu du mouton?
Quant à moi , je le trouve ignare ,
Paresseux, maladroit, poltron,
Car, entre nojis, que sait-il faire?
Bêler, brouter, dormir du matin jusqu'au soir,
N'est-ce pas toute son affaire?
Mais parle-moi du singe; ah! c'est lui qu'il faut voir : Dans sa cage il fait sans cesse Mille et mille tours d'adresse...
— Oui, dit l'autre canard , il est plein de savoir ; Mais il n'aime personne, et personne ne l'aime : De la méchanceté c'est le funeste emblème ; Gare à qui loin de lui ne sait pas se tenir ! Le mouton est plus bête, il faut en convenir ; Mais il est estimé de chacun à la ronde ; Il est sensible et doux, et ce pauvre animal
Ne fit jamais le moindre mal. »
Je préfère un bon cœur à tout l'esprit du monde.