LE MOUCHERON ET LA MOUCHE
Sage, craintif, docile aux conseils de sa mère, Loin du feu voltigeait un jeune moucheron.
La chandelle lui dit : « Poltron !
D'un péril idéal, d'une folle chimère
Cesse enfin de l'épouvanter.
Viens au plus tôt, viens habiter Le magique palais que ma flamme environne. Des sylphes, des lutins y font une couronne D'azur et de saphir... elle sera pour toi :
Approche, approche... et tu vas être roi! >» Que fait le moucheron? Vous le savez d'avance : Ébloui, fasciné, vers la flamme il s'élance, Et dans le beau palais il rencontre la mort. Une mouche était là, vieille prude, et la dame
A l'écart observait le drame.
« Cet insensé, dit-elle, a mérité son sort ; Pourquoi s'envolait-il sur une mèche ardente?
Que la jeunesse est imprudente!... »
Tandis qu'ainsi notre mouche parlait.
Elle voit sur la table un vase plein de lait.
« Dans ce nectar, dit la friande,
On trouve plaisir et profit :
Là, du moins, il n'est pas de feu qu'on appréhende. Mais on peut s'y noyer... et c'est ce qu'elle fit.
Mouches et moucherons, depuis cette aventure. N'évitent pas toujours un semblable accident : L'homme, image de Dieu, sublime créature, Depuis la chute d'Eve est-il donc plus prudent?
lABLKS. 131