‹ Fables et poésiesChapitre 93 sur 355 · LE MOUCHERON ET LA MOUCHE · texte numérisé non relu

LE MOUCHERON ET LA MOUCHE

Sage, craintif, docile aux conseils de sa mère, Loin du feu voltigeait un jeune moucheron.

La chandelle lui dit : « Poltron !

D'un péril idéal, d'une folle chimère

Cesse enfin de l'épouvanter.

Viens au plus tôt, viens habiter Le magique palais que ma flamme environne. Des sylphes, des lutins y font une couronne D'azur et de saphir... elle sera pour toi :

Approche, approche... et tu vas être roi! >» Que fait le moucheron? Vous le savez d'avance : Ébloui, fasciné, vers la flamme il s'élance, Et dans le beau palais il rencontre la mort. Une mouche était là, vieille prude, et la dame

A l'écart observait le drame.

« Cet insensé, dit-elle, a mérité son sort ; Pourquoi s'envolait-il sur une mèche ardente?

Que la jeunesse est imprudente!... »

Tandis qu'ainsi notre mouche parlait.

Elle voit sur la table un vase plein de lait.

« Dans ce nectar, dit la friande,

On trouve plaisir et profit :

Là, du moins, il n'est pas de feu qu'on appréhende. Mais on peut s'y noyer... et c'est ce qu'elle fit.

Mouches et moucherons, depuis cette aventure. N'évitent pas toujours un semblable accident : L'homme, image de Dieu, sublime créature, Depuis la chute d'Eve est-il donc plus prudent?

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