LE R\T ET L'ELEPHANT
5e croire un personnage est fort commun en Prance :
On y fait l'homme d importance.
Et Ion n'est souvent qu'un bourgeois.
C'est proprement le mal françois. La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière :
Leur orgueil me semble, en un mot,
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre.
Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un rat des plus petits voyait un éléphant Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la béte de haut parage.
Qui marchait a gros équipage.
Sur 1 animal a triple étage
Une sultane de renom,
Son chien, son chat, et sa guenon.
Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S'en allait en pèlerinage.
Le rat s'étonnait que les gens Fussent touchés de voir cette pesante masse : Comme si d'occuper plus ou moins de place Nous rendait, disait-il, ou plus ou moins importants ! Mais qu'admire/-vous tant en lui, vous autres hommes ? Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ? Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D un grain moins que les éléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le chat, sortant de sa cage.
Lui fit voir en moins d'un instant
Qu'un rat n'est pas un éléphant.
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Lîr^E ftumÈME
Il se faut entr'aider ; c'est la loi de nature.
L'àne un jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua ;
Car il est bonne créature.
Il allait par pays, accompagné du chien,
Gravement, sans songer à rien :
Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maitre s'endormit. L'àne se mit à paitre :
Il était alors dans un pré.
Dont l'herbe était fort à son gré.
Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure. 11 ne faut pas toujours être si délicat ;
tLt faute de servir ce plat.
Rarement un festin demeure.
Notre baudet s'en sut enfin Passer pour cettç fois. Le chien, mourant de faim. Lui dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie Je prendrai mon diné dans le panier au pain. Point de réponse ; mot : le roussin d'Arcadie
Craignit qu'en perdant un moment
Il ne perdit un coup de dent.
Il fit longtemps la sourde oreille ; Enfin il répondit : Ami, je te conseille D'attendre que ton maitre ait fini son sommeil ; Car il te donnera sans faute, à son réveil.
Ta portion accoutumée :
Il ne saurait tarder beaucoup.
Sur ces entrefaites un loup Sort du bois, et s'en vient : autre béte affamée. L'âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge, et dit : Ami, je te conseille De fuir en attendant que ton maitre s'éveille ; Il ne saurait tarder : détale vite, et cours. Que si ce loup t'atteint, casse-lui la mâchoire : On t'a ferré de neuf ; et, si tu veux me croire. Tu l'etendras tout plat. Pendant ce beau discours, Seigneur loup étrangla le baudet sans remède.
Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.
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Jupiter, voyant nos fautes.
Dit un jour, du haut des airs :
Remplissons de nouveaux hôtes Les cantons de l'univers Habités par cette race Qui m'importune et me lasse.
Va-t'en, Mercure, aux enfers ; Amène-moi la Furie La plus cruelle des trois.
Race que j'ai trop chérie.
Tu périras cette fois !
Jupiter ne tarda guère A modérer son transport.
O vous, rois, qu'il voulut faire Arbitres de notre sort, ^ Laissez, entre la colère Et l'orage qui la suit.
L'intervalle d'une nuit.
Le dieu dont l'aile est légère.
Et la langue a des douceurs, Alla voir les noires sœurs.
A Tisiphone et Mégère Il préféra, ce dit-on, L'impitoyable Alecton.
Ce choix la rendit si fière Qu'elle jura par Pluton Que toute l'engeance humaine Serait bientôt du domaine Des déités de là-bas.
Jupiter n'approuva pas Le serment de l'Euménide.
Il la renvoie ; et pourtant Il lance un foudre à l'instant Sur certain peuple perfide.
Le tonnerre, ayant pour guide Le père même de ceux Qu'il menaçait de ses feux.
Se contenta de leur crainte ; Il n'embrasa que l'enceinte D'un désert inhabité :
Tout père frappe à côté.
Qu'arriva-t-il ? Notre engeance Prit pied sur cette indulgence.
Tout l'Olympe s'en plaignit ; Et l'assembleur de nuages
Tables de La fOTiTAmE
LirnE TiuiTitME
Jura le 5tyx, et promit
De former d'autres orages :
Ils seraient sûrs. On sourit ;
On lui dit qu'il était père,
Et qu'il laissât, pour le mieux,
A quelqu'un des autres dieux
D'autres tonnerres à faire.
Vulcain entreprit l'affaire.
Ce dieu remplit ses fourneaux
De deux sortes de carreaux :
L'un jamais ne se fourvoie :
Et c'est celui que toujours
L'Olympe en corps nous envoie :
L'autre s'écarte en son cours ;
Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte ;
Bien souvent même il se perd ;
Et ce dernier en sa route
Nous vient du seul Jupiter.
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