‹ Fables. IllustréesChapitre 104 sur 166 · L'AVANTAGE DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

L'AVANTAGE DE LA SCIENCE

Entre deux bourgeois d'une ville

S'emut jadis un différend :

L'un était pauvre, mais habile ;

L'autre riche, mais ignorant.

Celui-ci sur son concurrent

Voulait emporter l'avantage ;

Prétendait que tout homme sage

Etait tenu de l'honorer.

C'était tout homme sot : car pourquoi révérer

Des biens dépourvus de mérite ?

La raison m'en semble petite.

Mon ami, disait-il souvent Au savant,

Vous vous croyez considérable ;

Mais, dites-moi, tenez-vous table ?

Que sert à vos pareils de lire incessamment ? Ils sont toujours logés a la troisième chambre. Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.

La republique a bien affaire

De gens qui ne dépensent rien !

Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe epand beaucoup de bien. Mous en usons. Dieu sait ! notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe. Et celle qui la porte, et vous qui dédiez

A messieurs les gens de finance

De méchants livres bien payés.

Ces mots remplis d'impertinence

Eurent le sort qu'ils méritaient.

L'homme lettré se tut, il avait trop a dire. La guerre le vengea bien mieux qu'une satire. Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient :

L'un et l'autre quitta sa ville.

L'ignorant resta sans asile ;

Il reçut partout des mépris :

L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.

Cela décida leur querelle.

Laissez dire les sots : le savoir a son prix.

lyô

Fables de Lji Tontjiine

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