‹ Fables. IllustréesChapitre 105 sur 166 · LE FAUCON ET LE CHAPON · texte numérisé non relu

LE FAUCON ET LE CHAPON

Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;

Ne vous pressez donc nullement :

Ce nétait pas un sot, non, non, et croyez-m en,

Que le chien de Jean de Nivelle.

Un citoyen du Mans, chapon de son métier. Etait sommé de comparaître Par-devant les lares du maître.

Au pied d'un tribunal que nous nommons foyer. Tous les gens lui criaient, pour déguiser la chose. Petit, petit, petit ! mais, loin de s'y fier. Le Normand et demi laissait les gens crier. Serviteur, disait-il, votre appât est grossier :

On ne m'y tient pas, et pour cause.

Cependant un faucon sur sa perche voyait

Notre Manceau qui s'enfuyait.

Les chapons ont en nous fort peu de confiance,

Soit instinct, soit expérience.

Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé. Devait, le lendemain, être d'un grand soupe. Fort à l'aise en un plat, honneur dont la volaille

Se serait passée aisément.

L'oiseau chasseur lui d t : Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille. Gens grossiers, sans esprit, à qui Ion n apprend rien. Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.

Le vois-tu pas à la fenêtre ?

Il t'attend : es-tu sourd ? Je n'entends que trop bien. Repartit le chapon : mais que me veut-il dire ? Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau i>

Reviendrais-tu pour cet appeau ?

Laisse-moi fuir ; cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler.

Si tu voyais mettre à la broche

Tous les jours autant de faucons

Que j'y vois mettre de chapons.

Tu ne me ferais pas un semblable reproche.

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Livj^n TtwTiÈME

Quatre animaux divers, le chat grippe-fromage, Triste oiseau le hibou, ronge-maille le rat.

Dame belette au long corsage,

Toutes gens d'esprit scélérat. Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage. Tant y furent, qu'un soir à lenteur de ce pm L'homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin,

Sort pour aller chercher sa proie.

Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne voie Le filet : il y tombe, en danger de mourir ; Et mon chat de crier, et le rat d'accourir ; L'un plein de désespoir, et l'autre plein de joie, Il voyait dans les lacs son mortel ennemi.

Le pauvre chat dit : Cher ami.

Les marques de ta bienveillance

Sont communes en mon endroit ; Viens m'aider à sortir du piège où l'ignorance

M'a fait tomber. C'est à bon droit Que seul entre les tiens, par amour singulière. Je t'ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux. Je n'en ai point regret, et j'en rends grâce aux dieux.

J'allais leur faire ma prière.

Comme tout dévot chat en use les matins. •'

Ce réseau rne retient : ma vie est en tes mains , Viens dissoudre ces noeuds. Et quelle récompense

En aurai-je ? reprit le rat.

Je jure éternelle alliance

Avec toi, repartit le chat.

Dispose de ma griffe, et sois en assurance : Envers et contre tous je te protégerai ;

Et la belette mangerai

Avec l'époux de la chouette :

ils t'en veulent tous deux. Le rat dit : Idiot ! Moi ton libérateur ! je ne suis pas si sot.

Puis il s'en va vers sa retraite :

La belette était près du trou.

Le rat grimpe plus haut : il y voit le hibou.

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Ljvj{e TlmnÈME

Dangers de toutes parts : le plus pressant l'emporte. Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte Qu'il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant

Qu'il dégage enfin l'hypocrite.

L'homme parait en cet instant ; Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite A quelque temps de là, notre chat vit de loin Son rat qui se tenait alerte et sur ses gardes : Ah ! mon frère, dit-il, viens m'embrasser ; ton soin

Me fait injure ; tu regardes

Comme ennemi ton allié.

Penses-tu que j'aie oublié

Qu'après Dieu je te dois la vie ?

Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie

Ton naturel ? Aucun traité Peut-il forcer un chat à la reconnaissance ?

S'assure-t-on sur l'alliance

Qu'a faite la nécessité ?

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Laridon et César, frères dont l'origine

Venait de chiens fameux, beaux, bien faits, et hardis,

A deux maîtres divers échus au temps jadis.

Hantaient, l'un les forêts, et l'autre la cuisine.

Ils avaient eu d'abord chacun un autre nom ;

Mais la diverse nourriture Fortifiant en l'un cette heureuse nature. En l'autre l'altérant, un certain marmiton

Nomma celui-ci Laridon.

Son frère, ayant couru mainte haute aventure. Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, Fut le premier César que la gent chienne ait eu. On eut soin d'empêcher qu'une indigne maîtresse Ne fit en ses enfants dégénérer son sang. Laridon négligé témoignait sa tendresse

A l'objet le premier passant.

Il peupla tout de son engeance :

Tourne-broches par lui rendus communs en France Y font un corps à part, gens fuyant les hasards.

Peuple antipode des Césars.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père : Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère. Faute de cultiver la nature et ses dons, Oh ! combien de Césars deviendront Laridons I

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Que j'ai toujours haï les pensers du vulgaire ! Qu'il me semble profane, injuste et téméraire, Mettant de faux milieux entre la chose et lui, El mesurant par soi ce qu'il voit en autrui ! Le maître d'Epicure en fit l'apprentissage. Son pays le crut fou. Petits esprits ! Mais quoi I

Aucun n'est prophète chez soi.

Ces gens étaient les fous, Démocrite le sage. L'erreur alla si loin qu'Abdère députa

Vers Hippocrate, et l'invita.

Par lettres et par ambassade, A venir rétablir la raison du malade.

Notre concitoyen, disaient-ils en pleurant, Perd l'esprit : la lecture a gâté Démocrite. Nous l'estimerions plus s'il était ignorant. Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite :

Peut-être même ils sont remplis

De Démocrites infinis.

Non content de ce songe, il y joint les atomes. Enfants d'un cerveau creux, invisibles fantômes ; Et, mesurant les cieux sans bouger d'ici-bas. Il connaît l'univers, et ne se connaît pas. Un temps fut qu'il savait accorder les débats :

Maintenant il parle à lui-même.

Venez, divin mortel : sa folie est extrême. »' Hippocrate n'eut pas trop de foi pour ces gens ; Cependant il partit. Et voyez, je vous prie.

Quelles rencontres dans la vie Le sort cause ! Hippocrate arriva dans le temps Que celui qu'on disait n'avoir raison ni sens

Cherchait dans l'homme et dans la bête. Quel siège a la raison, soit le cœur, soit la tête. Sous un ombrage épais» assis près d'un ruisseau.

Les labyrinthes d'un cerveau L'occupaient. 11 avait à ses pieds maint volume. Et ne vit presque pas son ami s'avancer,

Attaché selon sa coutume.

Leur compliment fut court, ainsi qu'on peut penser ; Le sage est ménager du temps et des paroles. Ayant donc mis à part les entretiens frivoles,

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Tables de La TowrAmB

Et beaucoup raisonné sur l'homme et sur l'esprit.

Ils tombèrent sur la morale.

Il n'est pas besoin que j'étale

Tout ce que l'un et l'autre dit.

Le récit précédent suffit Pour montrer que le peuple est juge rccusable.

En quel sens est donc véritable

Ce que j'ai lu dans certain lieu,

Que sa voix est la voix de Dieu ?

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