SINGE ET LE LÉOPARD
Le singe avec le léopard
Gagnaient de l'argent à la foire.
Ils affichaient chacun à part.
L un d'eux disait : Messieurs, mon mérite et ma gloire Sont connus en bon lieu. Le roi m'a voulu voir ;
Et si je meurs, il veut avoir Un manchon de ma peau : tant elle est bigarrée.
Pleine de taches, marquetée,
Et vergetée, et mouchetée !
La bigarrure plait : partant chacun le vit. Mais ce fut bientôt fait ; bientôt chacun sortit. Le singe de sa part disait : Venez, ce grâce ; Venez, messieurs : je fais cent tours de pasre-passe. Celte diversité dont on vous parle tant, Mon voisin léopard l'a sur soi seulement : Moi, je l'ai dans l'esprit. Votre serviteur Gille,
Cousin et gendre de Bertrand,
Singe du pape e. son vivant.
Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux exprès pour vous parler. Car il parle, on l'entend : il sait danser, baller.
Faire des tours de toute sorte.
Passer en des cerceaux ; et le tout pour six blancs ; Non, messieurs, pour un sou : si vous n'êtes contents. Nous rendrons à chacun son argent à la porte. Le singe avait raison. Ce n'est pas sur l'habit Que la diversité me plait ; c'est dans l'esprit : L'une fournit toujours des choses agréables ; L'autre, en moins d'un moment, lasse les regardants. Oh ! que ce grands seigneurs, au léopard semblables.
N'ont que l'habit pour tous talents !
Jii«l„2f
-»vi liOQ i'**- -
F.7BZ.EJ DE La TOMTJimE
LU^'J^E J^EUVJÈMB
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre ;
L'un d'eux, s'ennuyant au logis.
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L absence est le plus grand des maux : Non pas pour vous, cruel! Au moins que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage.
Changent un peu votre courage.
Fncor, si la saison s'avançait davantage ! Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau. Je ne songerai plus que rencontre fune.îte, Que faucons, que reseaux. Helas ! dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut.
Bon soupe, bon gîte, et le reste ?
Ce discours ébranla le cœur
De notre imprudent voyageur :
Mais le désir de voir et l'humeur inquitte L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point ; Trois jours au plus rendront mon àme satisfaite : Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère ; Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère N'a guère a dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : Jetais la; telle chose m'advint :
Vous y croirez être vous-même.
A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne : et voila qu'un nuage L oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un seul arbre s'offrit, tel encore que l'orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L air devenu serein, il part tout morlondu. Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie ; Dans un champ à l'écart voit du blé répandu. Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie ; .11 y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las
Les menteurs et traîtres appas.
Le las était use ; si bien que, de son aile. De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin :
*• TJIBLES de LjI FOMTJIJME -
Livnn J\]euvjeme
tfci^i
Quelque plume y périt ; et le pis du destin Fut qu'un certain vautour, a la serre cruelle. Vit notre malheureux, qui, tramant la ficelle Et les morceaux du las qui l'avait attrapé.
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. Le pigeon profita du conflit des voleurs, S'envola, s'abattit auprès d'une masure.
Crut pour ce coup que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ; Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié) Prit sa fronde, et du coup tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse.
Qui, maudissant sa curiosité,
Trainant 1 aile, et tirant le pied.
Demi-morte, et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse a juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines. Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines.
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau.
Toujours divers, toujours nouveau ; Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alors, .
Contre le Louvre et ses trésors.
Contre le firmament et sa voûte céleste
Change les bois, change les lieux Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune bergère
Pour qui, sous le fils de Cythere, Je servis, engagé par mes premiers serments. Hélas ! quand reviendront de semblables moments ! Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants Me laissent vivre au gré de mon àme inquiète ! Ah ' si mon cœur osait encor se renflammer ! Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ?
-»%i 211 lA»-
TABLES DE Z--Î TOT^TJimE
TjIVHT. T^EVVIÈME
'^-/â^j^y*^iÊWmm