‹ Fables. IllustréesChapitre 109 sur 166 · LE GLAND ET LA CITROUILLE · texte numérisé non relu

LE GLAND ET LA CITROUILLE

Dieu fait hien re qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant,

Dans les citrouilles je la treuve.

Un villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue : A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela ? 11 a bien mal placé cette citrouille-la !

Eh parbleu ! je l'aurais pendue

A l'un des chênes que voila ;

C'eût été justement l'affaire :

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

C'est dommage. Gare, que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton cure ; Tout en eût été mieux : car i)ourquoi. par c:.CTip!e, Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,

Ne pend-il pas en cet endroit ?

Dieu s'est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi places, plus il semble a Garo

Que l'on a fait un quiproquo.

Cette réflexion embarrassant notre homme : On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'e;prit ; Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un gland tombe : le nez du dormeur en pàtit. Il s'éveille ; et, portant la main sur son visage. Il trouve encor le gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force a changer de langage. Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde.

Et que ce gland eût été gourde ? ,/

Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut ra'.con ;

J'en vois bien à présent la cause.

En louant Dieu de toute chose,

Garo retourne à la maison.

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Certain enfant qui sentait son collège, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge, et par le privilège Qu'ont les pédant; de gâter la raison.

Chez un voisin dérobait, ce dit-on, Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne. Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avait la fleur, les autres le rebut.

Chaque saison apportait son tribut ; Car au printemps il jouissait encore Dej plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier. Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier. Gâtait jusqu'aux bcutcns, douce et frêle espérance, Avant-coureurs des biens que promet l'abondance Même il ebranchait l'arbre ; et fît tant à la fin

Que le possesseur du jardm Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint suivi d'un cortège d'enfants :

Voila le verger plein de gens Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce. Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite ; Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite Se souvint à jamais comme d'une leçon.

La-dessus il cita Virgile et Cicéron,

Avec force traits de science.

Son discours dura tant que la maudite engeance Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin. Je hais les pièces d'éloquence Hors de leur place, et qui n'ont point de lin ;

Et je ne sais bête au monde pire Que 1 écolier, si ce n'est le pédant.

Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire. Ne me plairait aucunement-

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