‹ Fables. IllustréesChapitre 112 sur 166 · LE LOUP ET LE CHIEN MAIGRE · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE CHIEN MAIGRE

Autrefois Carpillon fretin

Eut beau prêcher, il eut beau dire,

On le mit dans la poêle à frire.

Je ns voir que làther ce qu'on a dans la main,

Sans espoir de grosse aventure,

Est imprudence toute pure.

Le pécheur eut raison ; Carpillon n'eut pas tort : Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.

Maintenant il faut que j'appuie Ce que j'avançai lors, d>- quelque trait encor. Certain loup, aussi sot que le pécheur fut sage.

Trouvant un chien hors du village.

S'en allait l'emporter. Le chien représenta Sa magreur : Jà ne plaise a votre seigneurie

De me prendre en cet état-là ;

Attendez : mon maître marie

Sa fille unique, et vous jugez Qu'étant de noce, il faut, malgré moi, que j'engraisse

Le loup le croit, le loup le laisse.

Le loup, quelques jours écoulés.

Revient voir si son chien n'est pas meilleur à prendre

Mais le drôle était au logis.

Il dit au loup par un treillis :

Ami. je vais sortir ; et, si tu veux attendre,

Le portier du logis et moi

Nous serons tout à l'heure à toi.

Ce portier du logis était un chien énorme.

Expédiant les loups en forme.

Celui-ci s'en douta. Serviteur au portier. Dit-il ; et de courir. Il était fort agile;

Mais il n'était pas fort habile :

Ce loup ne savait pas entor bien son métier.

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Jamais auprès des fous ne te mets à portée : Je ne puis te donner un plus sage conseil.

Il n'est enseignement pareil A celui-là de fuir une tête éventée.

On en voit souvent dans les cours :

Le prince y prend plaisir ; car ils donnent toujours Quelque trait aux fripons, aux sots, aux ridicules. Un fol allait criant par tous les carrefours Qu il vendait la sagesse, et les mortels crédules De courir à I achat ; chacun fut diligent. On essuyait force grimaces ; Puis on avait pour son argent.

Avec un bon soufflet, un fil long de deux brasses. La plupart s'en fâchaient ; mais que leur servait-il ? C'étaient les plus moqués : le mieux était de rire, Ou de s'en aller sans rien dire Avec son soufflet et son fil.

De chercher du sens à la chose.

On se fût fait siffler ainsi qu'un ignorant.

La raison est-elle garant De ce que fait un fou ? Le hasard est la cause De tout ce qui se passe en un cerveau blessé. Du fil et du soufflet pourtant embarrassé. Un des dupes un jour alla trouver un sage.

Qui, sans hésiter davantage.

Lui dit : Ce sont ici hiéroglyphes tout purs. Les gens bien conseilles, et qui voudront bien faire. Entre eux et les gens fous mettront, pour l'ordinaire, La longueur de ce fil ; sinon, je les tiens sûrs

De quelque semblable caresse.

Vous n'êtes point trompe : ce fou vend la sagesse.

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