LÉCREVISSE ET SA FILLE
Les sages, quelquefois, ainsi que l'écrevisse, Marchent a reculons, tournent le dos au port. C'est l'art des matelots : c'est aussi l'artifice De ceux qui, pour voiler quelque puissant effort. Envisagent un point directement contraire. Et font vers ce lieu-la courir leur adversaire. Mon sujet est petit, cet accessoire est grand : Je pourrais l'appliquer à certain conquérant Qui tout seul déconcerte une ligue a cent têtes. Ce qu'il n'entreprend pas. et ce qu'il entreprend. N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes. En vain on a les yeux sur ce qu'il veut cacher. Ce sont arrêts du Sort qu'on ne peut empêcher Le torrent a la fin devient insurmontable. Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter. Louis et le Destin me semblent de concert Entraîner l'univers. Venons a notre fable. Mère ecrevisse un jour à sa fille disait : Comme tu vas, bon Dieu ! ne peux-tu marcher droit ? Et comme vous allez vous-même ! dit la fille : Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ? Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu ? Elle avait raison : la vertu De tout exemple domestique E5t universelle, et s'applique En bien, en mal, en tout ; fait des sages, des sots : Beaucoup plus de ceux-ci. Quant a tourner le dos A son but, j'y reviens ; la méthode en est bonne, Surtout au métier de Bellone Mais il faut le faire a propos.
Tjibves de La ToNTJimE
L7r7?E Douzième
D'où vient que personne en la vie
N'est satisfait de son état ?
Tel voudrait bien être soldat
A qui le soldat porte envie.
Certain renard voulut, dit-on.
Se faire loup. Eh ! qui peut dire
Que pour le métier de mouton
Jamais aucun loup ne soupire ?
Ce qui m'étonne est qu'à huit ans
Un prince en fable ait mis la chose,
Pendant que sous mes cheveux blancs
Je fabrique à force de temps
Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés
Ne sont en l'ouvrage du poète
Ni tous ni si bien exprimés :
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette.
C'est mon talent ; mais je m'attends
Que mon héros, dans peu de temps.
Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas un grand prophète.
Cependant je lis dans les cieux
Que bientôt ses faits glorieux
Demanderont plusieurs Homères :
Et ce temps-ci n'en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères.
Essayons de conter la fable avec succès. Le renard dit au loup : Notre cher, pour tous mets J'ai souvent un vieux coq ou de maigres poulets :
C est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard : J'approche des maisons; tu te tiens à l'écart. Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ;
Rends-moi le premier de ma race Qui fournisse son croc de quelque mouton gras : Tu ne me mettras point au nombre des ingrats. Je le veux, dit le loup : il m'est mort un mien frère
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T.^BLES DE La Toi^TAmB
JjiYKE Douzième
Allons prendre sa peau, tu l'en revêtiras.
Il vint; et le loup dit : Voici comme il faut faire.
Si tu veux écarter les matins du troupeau.
Le renard, ayant mis la peau.
Répétait les leçons que lui donnait son maître. D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien
Puis enfin il n'y manqua rien.
A peine il (ut instruit autant qu'il pouvait l'être. Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau loup y court. Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.
Tel, vêtu des armes d'Achille, Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville : Mères, brus et vieillards, au temple couraient tous. L'ost du peuple bêlant crut voir cinquante loups : Chien, berger, et troupeau, tout fuit vers le village. Et laisse seulement une brebis pour gage. Le larron s'en saisit. A quelques pas de là Il entendit chanter un coq du voisinage. Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla.
Jetant bas sa robe de classe.
Oubliant les brebis, les leçons, le régent.
Et courant d'un pas diligent.
Que sert-il qu'on se contrefasse ?
Prétendre ainsi changer est une illusion :
L on reprend sa première trace
A la première occasion.
Tablbs de Lj{ To-NTAmB
Lirj(E "Douzième
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