‹ Fables. IllustréesChapitre 149 sur 166 · LE RENARD ET LES POULETS DINDE · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LES POULETS DINDE

Contre les assauts d'un renard Un arbre à des dindons servait de citadelle, Le perfide ayant fait tout le tour du rempart,

Et vu chacun en sentinelle.

S'écria : Quoi ! ces gens se moqueront de moi ! Eux seuls seront exempts de la commune loi ! Non, par tous les dieux ! non. Il accomplit son dire. La lune, alors luisant, semblait, contre le sire. Vouloir favoriser la dindonnière gent.

Lui, qui n'était novice au métier d'assiégeant, Eut recours à son sac de ruses scélérates. Feignit vouloir gravir, se guinda sur ses pattes, Puis contrefit le mort, puis le ressuscité.

Arlequin n'eût exécute

Tant de différents personnages.

Il élevait sa queue, il la faisait briller.

Et cent mille autres badinages.

Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller. L'ennemi les lassait en leur tenant la vue

Sur même objet toujours tendue.

Les pauvres gens étant a la longue éblouis. Toujours il en tombait quelqu'un : autant de pris. Autant de mis à part : près de moitié succombe. Le compagnon les porte en son garde-manger. Le trop d'attention qu'on a pour le danger

Fait le plus souvent qu'on y tombe.

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TJIBLES de L.1 TOT^TAINE

~^,ljrKE Douzième

Un philosophe austère, et né dans la Scythie, Se proposant de suivre une plus douce vie. Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile. Homme égalant les rois, homme approchant des dieux. Et, comme ces derniers, satisfait et tranquille. Son bonheur consistait aux beautés d'un jardin. Le Scythe l'y trouva qui, la serpe a la main, De ses arbres à fruit retranchait l'inutile, Ebranchait, émondait, otait ceci, cela,

Corrigeant partout la nature.

Excessive a payer ses soins avec usure.

Le Scythe alors lui demanda Pourquoi cette ruine : était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants ? Quittez-moi votre serpe, instrument du dommage,

Laissez agir la faux du Temps :

s iront assez tôt border le noir rivage.

J'ote le superflu, dit lautre ; et l'abattant.

Le reste en profite d'autant.

Le Scythe, retourné dans sa triste demeure. Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure ; Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis

Un universel abattis.

Il ôte de chez lui les branches les plus belles. Il tronque son verger contre toute raison.

Sans observer temps ni saison.

Lunes ni vieilles ni nouvelles.

Tout languit et tout meurt.

Ce Scythe exprime bien

Un indiscret stoïcien :

Celui-ci retramche de l'âme Désirs et passions, le bon et le mauvais.

Jusqu'aux plus innocents souhaits.

Contre de telles gens, quant a moi, je réclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort ; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.'

TABLES DE LjI TONTAmE

Liri{E Douzième

Il est un singe dans Paris

A qui l'on avait donné femme ;

Smge en effet d'aucuns maris.

Il la battait. La pauvre dame En a tant soupiré, qu'enfin elle n'est plus.

Leur fils se plamt d'étrange sorte,

Il éclate en cris superflus :

Le père en rit, sa femme est morte ;

Il a déjà d'autres amours.

Que l'on croit qu'il battra toujours ; Il hante la taverne, et souvent il s'enivre. N'attendez rien de bon du peuple imitateur

Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre

La pire espèce c'est l'auteur.

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