‹ Fables. IllustréesChapitre 148 sur 166 · LE RENARD, LE LOUP ET LE CHEVAL · texte numérisé non relu

LE RENARD, LE LOUP ET LE CHEVAL

Un renard jeune encor, quoique des plus madrés, Vit le premier cheval qu il eût vu de sa vie. Il dit a certain loup, franc novice : Accourez,

Un animal pait dans nos près, Beau, grand, j'en ai la vue encor toute ravie. Est-il plus fort que nous ? dit le loup en riant.

Fais-moi son portrait, je te prie.

Si j'étais quelque peintre ou quelque étudiant. Repartit le renard, j'avancerais la joie

Que vous aurez en le voyant.

Mais venez. Que «ait-on ? peut-être est-ce une proie

Que la fortune nous envoie.

Us vont ; et le cheval, qu'a l'herbe on avait nus, Assez peu curieux de semblables amis.

Fut presque sur le point d'enfiler la venelle. Seigneur, dit le renard, vos humbles serviteurs Apprendraient volontiers comment on vous appelle. Le cheval, qui n'ctait dépourvu de cervelle. Leur dit : Li?ez mon nom, vous le pouvez, messieurs ; Mon cordonnier l'a mis autour de ma semelle. Le renard s'excusa sur son peu de savoir : Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire; Ils sont pauvres, et n'ont qu'un trou pour tout avoir; Ceux du loup, gros messieurs, l'ont fait apprendre a lire.

Le loup, par ce discours flatté,

S'approcha. Mais sa vanité Lui coûta quatre dents : le cheval lui desserre Un coup; et haut le pied. Voilà mon loup par terre;

Mal en point, sanglant et gàto.

Frère, dit le renard, ceci nous justifie

Ce que m'ont dit des gens d'esprit :

Cet animal vous a sur la mâchoire écrit Que de tout inconnu le sage se méfie.

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Tables de La Fontaime

Ur-RB Douzième

Je vous gardais un temple dans mes vers : 11 n'eût fini qu'avecque l'univers.

Déjà ma mam en fondait la durée Sur ce bel art qu'ont les dieux mventé, Et sur le nom de la divmité Que dans ce temple on aurait adorée.

Sur le portail j'aurais ces mots écrits : Palais sacré de la déesse Iris ; Non celle-là qu'a Junon à ses gages ; Car Junon même et le maître des dieux Serviraient l'autre, et seraient glorieux Du seul honneur de porter ses messages. L'apothéose à la voûte eût paru :

Là, tout l'Olympe en pompe eût été vu Plaçant Iris sous un dais de lumière.

Les murs auraient amplement contenu Toute sa vie ; agréable matière, Mais peu féconde en ces événements Qui des états font des renversements.

Au fond du temple eût été son image.

Avec ses traits, son souris, ses appas. Son art de plaire et de n'y penser pas. Ses agréments, a qui tout rend hommage. J'aurais fait voir à ses pieds des mortels Et des héros, des demi-dieux encore.

Même des dieux : ce que le monde adore Vient quelquefois parfumer ses autels.

J'eusse en ses yeux fait briller de son âme Tous les trésors, quoique imparfaitement : Car ce cœur vif et tendre infiniment Pour ses amis, et non point autrement ; Car cet esprit, qui, né du firmament, A beauté d'homme avec grâce de femme.

Ne se peut pas, comme on veut, exprimer. O vous. Iris, qui savez tout charmer, Qui savez plaire en un degré suprême.

Vous que l'on aime à l'égard de soi-même (Ceci soit dit sans nul soupçon d'amour. Car c'est un mot banni de votre cour.

Laissons-le donc), agréez que ma muse Achève un jour cette ébauche confuse.

J'en ai placé l'idée et le projet.

Pour plus de grâce, au-devant d'un sujet Où l'amitié donne de telles marques.

Et d'un tel prix, que leur simple récit Peut quelque temps amuser votre esprit.

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— T.mBS DE L.7 Fo]\TAmE

tivRB Douzième

Non que ceci se passe enlre monarques : Ce que chez vous nous voyons estimer, Nesl pas un roi qui ne sait point aimer : C'est un mortel qui sait mettre sa vie Pour son ami. J'en vois peu de si bons. Quatre animaux, vivant de compagnie, V'ont aux humains en donner des leçons. La gazelle, le rai, le corbeau, la tortue. Vivaient ensemble unis : douce société ! Le choix d'une demeure aux humains inconnue

Assurait leur félicité.

Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraites. Soyez au milieu des déserts, Au fond des eaux, au haut des airs, Vous n'éviterez point ses embûches secrètes. La gazelle s'allait ébattre innocemment.

Quand un chien, maudit instrument Du plaisir barbare des hommes, \'int sur l'herbe éventer les traces de ses pas. Elle fuit. Et le rat, à l'heure du repas. Dit aux amis restants : D'où vient que nous ne sommes

Aujourd'hui que trois convies ?

La gazelle déjà nous a-t-ellc oublies ? A ces paroles, la tortue S'écrie, et dit : Ah ! si j'étais Comme un corbeau d'ailes pourvue.

Tout de ce pas je m'en irais Apprendre au moins quelle contrée.

Quel accident tient arrêtée Notre compagne au pied léger ; Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger.

Le corbeau part a lire-d'aile :

Il aperçoit de loin l'imprudente gazelle

Prise au piège el se tourmentant.

Il retourne avertir les autres à l'instant ; Car, de lui demander quand, pourquoi, ni comment

Ce malheur est tombé sur elle.

Et perdre en vains discours cet utile moment, Comme eût fait un maître d école, Il avait trop de jugement.

Le corbeau donc vole et revole.

Sur son rapport les trois amis

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Tjibles de La Toj^tjijne

twnB Douzième

Tiennent conseil. Deux sont d'avis

De se transporter sans remise

Aux lieux où la gazelle est prise.

L'autre, dit le corbeau, gardera le logis : Avec son marcher lent, quand arriverait-elle ?

Après la mort de la gazelle.

Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir

Leur chère et fidèle compagne.

Pauvre chevrette de montagne.

La tortue y voulut courir :

La voila comme eux en campagne.

Maudissant ses pieds courts avec juste raison Et la nécessité de porter sa maison.

Rongemaille (le rat eut à bon droit ce nom) Coupe les nœuds du lacs : on peut penser la joie. Le chasseur vient, et dit : Qui m'a ravi ma proie ? Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou. Le corbeau sur un arbre, en un bois la gazelle

Et le chasseur, a demi (ou

De n'en avoir nulle nouvelle.

Aperçoit la tortue, et retient son courroux.

D'où vient, dit-il, que je m'effraie ?

Je veux qu'à mon souper celle-ci me défraie. Il la mit dans son sac. Elle eût payé pour tous, Si le corbeau n'en eût averti la chevrette.

Celle-ci, quittant sa retraite.

Contrefait la boiteuse, et vient se présenter.

L'homme de suivre, et de jeter Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille Autour des nœuds du sac tant opère et travaille.

Qu'il délivre encor l'autre sœur.

Sur qui s'était fondé le souper du chasseur. Pilpay conte qu'ainsi la chose s'est passée. Pour peu que je voulusse invoquer Apollon, J'en ferais, pour vous plaire, un ouvrage aussi long

Que l'Iliade et l'Odyssée.

Rongemaille ferait le principal héros.

Quoique à vrai dire ici chacun soit nécessaire. Porte-maison l'infante y tient de tels propos.

Que monsieur du corbeau va faire Office d'espion, et puis de messager.

Tables de L.q "Fomtaine

LirT(E Douzième

La gazelle a daillcuis l'adresse d'engager

Le chasseur à donner du temps a Rongemaille.

Ainsi chacun dans son endroit

S'entremet, agit et travaille.

A qui donner le prix ? Au cœur, si l'on m'en croit. Que n'ose et que ne peut l'amitié violente ! Cet autre sentiment que l'on appelle amour Mente moins d'honneur ; cependant chaque jour

Je le célèbre et je le chante.

Hélas ! il n'en rend pas mon âme plus contente! \ ous protégez sa sœur, il suffit ; et mes vers Vont s'engager pour elle à des tons tout divers. Mon maître était l'Amour : j'en vais servir un autre

Et porter par tout l'univers

Sa gloire aussi bien que la votre.

Tables de L^ ToT^TAmB

Livj^E Douzième

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