‹ Fables. IllustréesChapitre 46 sur 166 · LE BERGER ET LA MER · texte numérisé non relu

LE BERGER ET LA MER

Du rapport d un troupeau, dont il vivait sans soins, Se contenta longtemps un voisin d'Amphitnte :

Si sa fortune était petite.

Elle était sure tout au moins.

A la fin, les trésors déchargés sur la plage l^e tentèrent si bien qu il vendit son troupeau. I rafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau.

Cet argent périt par naufrage.

Son m:\itre fut réduit à garder les brebis. Non plus berger en chef comme il était jadis, Quand SCS propres moutons paissaient sur le rivage : Celui qui s'était vu Corydon ou Tircis

Fut Pierrot, et rien davantage.

Au bout de quelque temps il fit quelques profits.

Racheta des betes à laine ; Et comme un jour les vents, retenant leur haleine. Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux : Vous voulez de l'argent, ô mesdames les Eaux ! Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre :

Ma foi ! vous n'aurez pas le nôtre.

Ceci n'est pas un conte à plaisir invente.

Je me sers de la vérité

Pour montrer, par expérience.

Qu'un sou, quand il est assuré.

Vaut mieux que cinq en espérance ; Qu'il se faut contenter de sa condition. Qu'aux conseils de la mer et de I ambition

iNous devons fermer les oreilles.

Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.

La mer promet monts et merveilles :

Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront.

Fjjbies de La Toi^TJimE

LivTiB Quatrième

Page 1