‹ Fables. IllustréesChapitre 47 sur 166 · LA MOUCHE ET LA FOURMI · texte numérisé non relu

LA MOUCHE ET LA FOURMI

La mouche et la fourmi contestaient de leur prix.

G Jupiter! dit la première, Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits

D'une si terrible manière.

Qu'un vil et rampant animal A la fille de l'air ose se dire égal ! Je hante les palais, je m'assieds à ta table : Si 1 on t'immole un boeuf, j'en goûte devant toi ; Pendant que celle-ci, chétive et misérable. Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.

Mais, ma mignonne, dites-moi.

Vous campez-vous jamais sur la tête d'un roi.

D'un empereur, ou d'une belle ?

Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ; Et la dernière main que met à sa beauté

Une femme allant en conquête. C'est un ajustement des mouches emprunté.

Puis allez-moi rompre la tête

De vos greniers ! — Avez-vous dit ?

Lui répliqua la ménagère.

Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit.

Et quant à goûter la première

De ce qu'on sert devant les dieux.

Croyez-vous qu'il en vaille mieux ? Si vous entrez partout, aussi font les profanes. Sur la tête des rois et sur celle des ânes Vous allez vous planter, je n'en disconviens pas ;

Et je sais que d'un prompt trépas Cette importunité tien souvent est punie. Certain ajustement, dites-vous, rend jolie ; J'en conviens : il est noir ainsi que vous et moi. Je veux qu'il ait nom mouche : est-ce un sujet pourquoi

Vous fassiez sonner vos mérites ?

Nomme-t-on pas aussi mouches les parasites ? Cessez donc de tenir un langage si vain :

N'ayez plus ces hautes pensées.

Les mouches de cour sont chassées ; Les mouchards sont pendus : et vous mourrez de faim.

De froid, de la.igueur, de misère.

Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.

-"vl 73 n>

Tables de La Tontaine

Lirj{E Quatrième

^\y JA IV'

FABLES DE L^ TOMTAmE

LirHE QUATJ{1ÈME

Un amateur du jardinage,

Demi-bourgeois, demi-manant.

Possédait en certam village Un jardin assez propre, et le clos attenant. Il avait de plant vif fermé cette étendue : La croissait à plaisir l'oseille et la laitue. De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet. Peu de jasmin d'Espagne, et force serpolet. Cette félicité par un lièvre troublée Fit qu'au seigneur du bourg notre homme se plaignit. Ce maudit animal vient prendre sa goulée Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit ; Les pierres, les bâtons, y perdent leur crédit Il est sorcier, je crois. — Sorcier ! je l'en défie. Repartit le seigneur : fùt-il diable, Miraut, En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt. Je vous en déferai, bon homme, sur ma vie. — Et quand ? — Et dès demain, sans tarder plus longtemps. La partie ainsi faite, il vient avec ses gens. Cependant on fricasse, on se rue en cuisine. De quand sont vos jambons ? ils ont fort bonne mine. — Monsieur, ils sont à vous. — Vraiment, dit le seigneur.

Je les reçois, et de bon coeur.

Il déjeune très bien ; aussi fait sa famille, Chiens, chevaux et valets, tous gens bien endentés : 11 commande chez l'hôte, y prend des libertés,

Boit son vin, caresse sa fille.

L'embarras des chasseurs succède au déjeuné.

Chacun s'anime et se prépare :

Les trompes et les cors font un tel tintamarre

Que le bonhomme est étonné.

Le pis fut que l'on mit en piteux équipage Le pauvre potager : adieu planches, carreaux ;

Adieu chicorée et porreaux ;

Adieu de quoi mettre au potage.

Le lièvre était gite dessous un maître chou. On le quête ; on le lance : il s'enfuit par un trou,

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LirJiE QUATTimJHE

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Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie

Que l'on fit a la pauvre haie Par ordre du seigneur ; car il eut été mal Qjont nV'ùt pu du jardin sortir tout a cheval. Le bon homme disait : Ce sont la jeux de prince. Mais on le laissait dire : et les chiens et les gens Firent plus de dégât, en une heure de temps.

Que n'en auraient fait en cent ans

Tous les lièvres de la province.

Petits princes, videz vos débats entre vous : De recourir aux rois vous seriez de grands fous. Il ne les faut jamais engager dans vos guerres ,

Ni les faire entrer sur vos terres.

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