‹ Fables. IllustréesChapitre 6 sur 166 · ET LE RAT DES CHAMPS · texte numérisé non relu

ET LE RAT DES CHAMPS

Autrefois le rat de ville

Invita le rat des champs.

D'une façon fort civile,

A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie

Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie

Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,

Rien ne manquait au festin ;

Mais quelqu'un troubla la fête

Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle

Us entendirent du bruit :

Le rat de ville détale ;

Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :

Rats en campagne aussitôt ;

Et le citadin de dire :

Achevons tout notre rot.

C'est assez, dit le rustique ;

Demain vous viendrez chez moi.

Ce n'est pas que je me pique

De tous vos festins de roi.

Mais rien ne vient m'interrompre ;

Je mange tout a loisir.

Adieu donc. Fi du plaisir

Que la crainte peut corrompre

T.lBLF.'i DE 1j\ TOMTAINE

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Une hirondelle, en ses voyages.

Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu

Peut avoir beaucoup retenu.

Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages.

Et, devant qu'ils fussent éclos.

Les annonçait aux matelots.

11 arriva qu au temps que le chanvre se sème, Lllc vit un manant en couvrir maints sillons. Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons : Je vous plains; car, pour moi, dans ce péril extrême Je saurai m'eloigner ou vivre en quelque coin. \ oyez-vous cette main <]ui par les airs chemine !

Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naîtront engins à vous envelopper.

Et lacets pour vous attraper.

Enfin mainte et mainte machiné

Qui causera dans la saison

Votre mort ou votre prison :

Gare la cage ou le chaudron !

C'est pourquoi, leur dit rhiiondellc.

Mangez ce grain ; et croyez-moi.

Les oiseaux se moquèrent d'elle :

Ils trouvaient aux champs trop de quoi.

Quand la cheneviere fut verte.

L'hirondelle leur dit : Arrachez brin à brin

Ce qu'a produit ce maudit grain.

Ou soyez siirs de votre perte.

Prophète de malheur ! babillarde ! dit-on.

Le bel emploi que tu nous donnes !

Il nous faudrait mille personnes

Pour éplucher tout ce canton.

TABLES DE Lji Fontaine

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La chanvre étant tout à fait crue, L'hirondelle ajouta : Ceci ne va pas bien ;

Mauvaise graine est tôt venue, Mais, puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien.

Dès que vous verrez que la terre

Sera couverte, et qu'à leurs blés

Les gens n'étant plus occupés.

Feront aux oisillons la guerre ;

Quand reginglettes et réseaux

Attraperont petits oiseaux.

Ne volez plus de place en place.

Demeurez au logis ou changez de climat : Imitez le canard, la grue et la bécasse.

Mais vous n'êtes pas en état De passer comme nous les déserts et les ondes.

Ni d'aller chercher d'autres mondes :

C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sur : C'est de vous renfermer aux trous de quelque mur.

Les oisillons, las de l'entendre.

Se mirent a jaser aussi confusément Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre

Ouvrait la bouche seulement.

Il en prit aux uns comme aux autres : Maint oisillon se vit esclave retenu.

Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres Et ne croyons le mal que quand il est venu.

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