‹ Fables. IllustréesChapitre 61 sur 166 · AVEC LE MAITRE D UN CHAMP · texte numérisé non relu

AVEC LE MAITRE D UN CHAMP

Ne t attends qu a toi seul ; c'est un commun proverbe.

Voici comme Esope le mit En crédit :

Les alouettes font leur nid

Dans les bics quand ils sont en herbe,

C'est-à-dire environ le temps Que tout aime et que tout pullule dans le monde.

Monstres marins au fond de 1 onde.

Tigres dans les forets, alouettes aux champs.

Une pourtant de ces dernières Avait laisse passer la moitié d'un printemps Sans goûter le plaisir des amours printanieres. A toute force enfin elle se résolut D'imiter la nature et d être mère encore. Elle batit un nid, pond, couve, et fait éclore A la hâte : le fout alla du mieux qu'il put. Les blés d'alentour miirs avant que la nitée

Se trouvât assez, forte encor

Pour voler et prendre l'essor.

De mille soins divers l'alouette agitée S'en va chercher pâture, avertit ses enfants D'être toujours au guet et faire sentinelle.

Si le possesseur de ces champs Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle, Ecoutez bien : selon ce qu il dira,

Chacun de nou3 décampera.

Sitôt que l'alouette eut quitté sa famille, l^e possesseur du champ vient avecque son .fils. Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis Les prier que chacun, apportant sa faucille. Nous vienne aider demain des la pointe du jour.

Notre alouette de retour

Trouve en alarme sa couvée.

L'un commence : Il a dit que, l'aurore levée, L on fit venir demain ses amis pour l'aider. S'il n'a dit que cela, repartit l'alouette. Rien ne nous presse encor de changer de retraite. Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter. Cependant soyez gais, voila de quoi manger. Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère. L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout. L'alouette à l'essor, le maître s'en vient faire

Sa ronde ainsi qu'a l'ordinaire.

" Tables de Lji To'ntatne

'LivT\-E Quatrième •»

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Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout. Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose Sur de tels paresseux, à servir ainsi lents. Mon fils, allez chez nos parents Les prier de la même chose.

L épouvante est au nid plus forte que jamais. Il a dit ses parents, mère! c'est à cette heure... Non, mes enfants ; dormez en paix :

Ne bougeons de notre demeure.

L alouette eut raison ; car personne ne vint. Pour la troisième fois, le maître se souvint De visiter ses blés. Notre erreur est extrême. Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous. Il n est meilleur ami ni parent que soi-même. Retenez bien cela, mon fils. Et savez-vous Ce qu'il faut faire ? Il faut qu'avec notre famille Nous prenions dès demain chacun une faucille : C est là notre plus court ; et nous achèverons

Notre moisson quand nous pourrons.

Dès lors que ce dessein fut su de l'alouette : C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants ! Et les petits, en même temps.

Voletant, se culebutant.

Délogèrent tous sans trompette.

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F.^BLE.S DE La Foj^T.fl^E

hwnB Cinquième

Votre goût a servi de règle à mon ouvrage : J'ai lente les moyens d'acquérir son suffrage. Vous voulez qu'on évite un soin trop curieux, Et des vains ornements l'effort ambitieux ; Je le veux comme vous : cet effort ne peut plaire. Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire. Non qu'il faille bannir certains traits délicats : Vous les aimez, ces traits ; et je ne les hais pas. Quant au principal but qu'Esope se propose, "^

J'y tombe au moins mal que je puis. Enfin, si dftfis ces vers je ne plais et n'instruis, 11 ne tient pas à moi ; c'est toujours quelque chose Comme la force est un point Dont je ne me pique point.

Je tâche d'y tourner le vice en ridicule. Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule. C'est là tout mon talent ; je ne sais s'il suffit.

Tantôt je peins en un récit La sotte vanité jointe avecque l'envie.

Deux pivots sur qui roule aujourd'hui notre vie.

Tel est ce chétif animal Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal. J'oppo«e quelquefois, par une double image, Le vice à la vertu, la sottise au bon sens.

Les agneaux aux loups ravissants, La mouche à la fourmi ; faisant de cet ouvrage Une ample comédie à cent actes divers.

Et dont la scène est l'univers.

Hommes, dieux, emimaux, tout y fait quelque rôle; Jupiter comme un autre. Introduisons celui Qui porte de sa part aux belles la parole : Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

Un bûcheron perdit son gagne-pain.

C'est sa cognée ; et la cherchant en vain.

Ce fut pitié lâ-dessus de l'entendre.

Il n'avait pas des outils à revendre:

Sur celui-ci roulait tout son avoir.

Ne sachant donc où mettre son espoir.

Sa face était de pleurs toute baignée ;

O ma cognée ! 6 ma pauvre cognée !

S'écriait-il : Jupiter, rends-la-moi ;

Je tiendrai l'être encore un coup de toi.

Sa plainte fut de l'Olympe entendue.

Mercure vient. Elle n'est pa» perdue.

Lui dit ce dieu ; la connaitras-tu bien î*

Jjrj{E CiMQyitME '

le crois l'avoir près dici rencontrée.

Lors une d'or à l'homme étant montrée.

Il répondit : Je n'y demande rien.

Une d'argent succède à la première ;

Il la refuse. Enfin une de bois.

Voilà, dit-il, la mienne cette fois :

Je suis content si j'ai cette dernière.

Tu les auras, dit le dieu, toutes trois :

Ta bonne foi sera récompensée.

En ce cas-là je les prendrai, dit-il.

L'histoire en est aussitôt dispersée ;

Et boquillons de perdre leur outil.

Et de crier pour se le faire rendre.

Le roi des dieux ne sait auquel entendre.

Son fils Mercure aux criards vient encor :

A chacun d'eux il en montre une d'or.

Chacun eût cru passer pour une béte

De ne pas dire aussitôt : La voila !

Mercure, au lieu de donner celle-là.

Leur en décharge un grand coup sur la tête.

Ne point mentir, être content du sien.

C'est le plus sûr : cependant on s'occupe

A dire faux pour attraper du bien.

Que sert cela ? Jupiter n'est pas dupe.

F.fBLES DE Ll FOMTJtmE

- Liri{E Cinquième

Le pot de fer proposa

Au pot de terre un voyage.

Celui-ci s'en excusa.

Disant qu'il ferait que sage

De garder le coin du feu :

Car il lui fallait si paj,

Si peu que la moindre chose

De son debns serait cause :

Il n'en reviendrait morceau.

Pour vous, dit-ii, dont la peau

Est plus dure que la mienne,

Je ne vois rien qui vous tienne.

Nous vous mettrons à couvert.

Repartit le pot de fer :

Si quelque matière dure

Vous menace d'aventuie.

Entre deux je passerai,

Lt du coup vous sauverai.

Cette offre le persuade.

Pot de fer son camarade

Se met droit à ses côtés.

Mes gens s'en vont à trois pieds

Clopin dopant comme ils peuvent,

L'un contre l'autre jetas

Au moindre hoquet qu'ils treuvent.

Le pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas Que par son compagnon il fut mis en éclats.

Sans qu'il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu'avecque nos égaux ;

Ou bien il nous faudra craindre

Le destin d'un de ces pots.

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