‹ Fables. IllustréesChapitre 63 sur 166 · LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES · texte numérisé non relu

LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES

Il était une vieille ayant deux chambrières : Elles filaient si bien que les sœurs ftlandieres Ne faisaient que brouiller au prix de celles-ci. La vieille n'avait point de plus pressant souci Que de distribuer aux servantes leur tache. Des que Tethj's chassait Phebus aux crins dorés, Tourets entraient en jeu, fuseaux étaient tirés ;

Deçà, delà, vous en aurez :

Point de cesse, point de relâche.

Dès que l'Aurore, dis-je, en son char remontait, Un misérable coq a point nomme chantait ; Aussitôt notre vieille, encor plus misérable, S'affublait d'un jupon crasseux et détestable. Allumait une lampe, et courait droit au lit Ou, de tout leur pouvoir, de tout leur appétit.

Dormaient les deux pauvres servantes.

L'une enlr'ouvrait un œil, l'autre étendait un bras :

Et toutes deux, très mal contentes, Disaient entre leurs dents : Maudit coq ! tu mourras ! Comme elles l'avaient dit, la béte fut grippée ; Le réveille-matin eut la gorge coupée.

Ce meurtre n'amenda nullement leur marché : Notre couple, au contraire, a peine était couche, Que la vieille, craignant de laisser passer l'heure, ' Courait comme un lutin, par toute sa demeure.

C'est ainsi que, le plus souvent.

Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire.

On s'enfonce encor plus avant :

Témoin ce couple et son salaire.

La vieille, au heu du coq. les fit tomber par la

De Charybde en Scylla.

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