‹ Fables. IllustréesChapitre 68 sur 166 · LOURS ET LES DEUX COMPAGNONS · texte numérisé non relu

LOURS ET LES DEUX COMPAGNONS

Deux compagnons, pressés d'argent,

A leur voisin fourreur vendirent

La peau d'un ours encor vivant.

Mais qu'ils tueraient bientôt ; du moins à ce qu'ils dirent. C'était le roi des ours au compte de ces gens. Le marchand à sa peau devait faire fortune ; Elle garantirait des froids les plus cuisants ; On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut prisait moins ses moutons qu'eux leur ours. Leur, à leur compte, et non à celui de la bête, S'ofîrant de la livrer au plus tard dans deux jours. Ils conviennent de prix, et se mettent en quête, Trouvent l'ours qui s'avance et vient vers eux au trot. Voila mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marche ne tint pas ; il fallut le résoudre : D'intérêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux compagnons grimpe au faite d'un arbre ;

L'autre, plus froid que n'est un marbre. Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent.

Ayant quelque^ part oui dire

Que l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneur ours, comme un sot, donna dans ce panneau : Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie ;

Et de peur de supercherie, Le tourne, le retourne, approche son museau.

Flaire aux passages de l'haleine.

C'est, dit-il, un cadavre ; ôtons-nous, car il sent. A ces mots, l'ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend. Court a son compagnon, lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. Eh bien ! ajoula-t-il, la peau de l'animal ?

Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ?

Car il s'approchait de bien près.

Te retournant avec sa serre, qu'il ne faut jamais , — -1 de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.

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