‹ Fables. IllustréesChapitre 75 sur 166 · LE LIEVRE ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE LIEVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point : Le lièvre et la tortue en sont un témoignage. Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. Sitôt ! êtes- vous sage ?

Repartit l'animal léger :

Ma commère, il faut vous purger

Avec quatre grains d'ellébore.

— Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait ; et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire.

Ni de quel juge l'on convint.

Notre lièvre n'avait que quatre pas a faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, prêt d'être atteint Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes.

Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter.

Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s'évertue ;

Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire.

Tient la gageure à peu de gloire.

Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. 11 broute, il se repose ;

Il s'amuse a toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière. Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit Furent vains : la tortue arriva la première. Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?

De quoi vous sert votre vitesse ?

Moi l'emporter ! et que serait-ce

Si vous portiez une maison ?

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