‹ Fables. IllustréesChapitre 8 sur 166 · L'HOMME ET SON IMAGE · texte numérisé non relu

L'HOMME ET SON IMAGE

Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux Passait dans son esprit pour le plus beau du monde ; Il accusait toujours les miroirs d'être faux, Vivant plus que content dans son erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux Présentait partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames ; Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands. Miroirs aux poches des galants.

Miroirs aux ceintures des femmes.

Que fait notre Narcisse ? Il va se confiner Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer, N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. Mais un canal, formé par une source pure.

Se trouve en ces lieux écartés :

Il s'y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine.

Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau : Mais quoi ? le canal est si beau, Qu'il ne le quitte qu'avec peine.

On voit bien où je veux venir.

Je parle à tous : et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même ; Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui. Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ; Et quant au canal, c'est celui Que chacun sait, le livre des Maximes.

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