‹ Fables. IllustréesChapitre 80 sur 166 · I-a belle avait un père, homme prudent et sage · texte numérisé non relu

I-a belle avait un père, homme prudent et sage

11 laissa le torrent couler.

A la fin. pour la consoler :

Ma (ille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes ; Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ? Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

Je ne dis pas que tout à l'heure

Une condition meilleure

Change en des noces ces transports ; Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose Un époux, beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt ! Ah ! dit-elle aussitôt.

Un cloître est l'époux qu'il me faut.

Le père lui l<ùssa digérer sa disgrâce.

Un mois de la sorte se passe ;

Tablbs de L^ To'ntawe

LiriiE Sixième

L'autre mois on l'emploie à changer tous les jours Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure :

Le deuil enfin sert de parure.

En attendant d'autres atours.

" Toute la bande des Amours Revient au colombier ; les jeux, les ris, la danse.

Ont aussi leur tour à la fin :

On se plonge soir et matm

Dans la fontaine de Jouvence.

Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ; Mais comme il ne parlait de rien à notre belle :

Où donc est le jeune mari

Que vous m'avez promis ? dit-elle.

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F.4BLES DE Ll rOA'TJllME

LirT{E Sixième

La déesse Discorde ayant brouille les dieux,

Et fait un grand procès là-liaut pour une |)ommc,

On la fit déloger des cieux.

Chez l'animal qu'on appelle homme

On la reçut à bras ouverts.

Elle et Que-si-que-non, son frère,

Avecque Tien-et-mien, son père.

Elle nous fit l'honneur, en ce bas univers,

De préférer notre hémisphère A celui des mortels qui nous sont opposés.

Gens grossiers, peu civilisés.

Et qui, se mariant sans prêtre et sans notaire.

De la Discorde n'ont que faire.

Pour la faire trouver aux lieux ou le besoin

Demandait qu'elle fût présente,

La Renommée avait le soin De l'avertir ; et l'autre, diligente.

Courait vite aux débats, et prévenait la Paix ; Faisait d'une étincelle un feu long à s'éteindre. La Renommée enfin commença de se plaindre

Que l'on ne lui trouvait jamais

De demeure fixe et certaine ; Bien souvent l'on perdait, à la chercher, sa peine Il fallait donc qu'elle eût un séjour affecté. Un séjour d'où l'on pût en toutes les familles

L'envoyer à jour arrêté.

Comme il n était alors aucun couvent de filles,

On y trouva difficulté.

L auberge enfin de l'Hyménée

Lui fut pour maison assignée.

Tjibles de La FoMTjnME

Liri{E SJX.JEME

Le monde n'a jamais manqué de charlatans :

Cette science, de tout temps.

Fut en professeurs très fertile.

Tantôt l'un en théâtre affronte l'Achéron,

Et l'autre affiche par la ville

Qu il est un passe-Cicéron.

Un des derniers se vantait d'être

En éloquence si grand maître.

Qu'il rendrait disert un badaud.

Un manant, un rustre, un lourdaud ; Oui, Messieurs, un lourdaud, un animal, un âne : Que l'on m'amène un âne, un âne renforcé,

Je le rendrai maître passé.

Et veux qu'il porte la soutane.

Le prince sut la chose et manda le rhéteur.

J'ai, dit-il, en mon écurie

Un fort beau roussin d'Arcadie :

J'en voudrais faire un orateur.

Sire, vous pouvez tout, reprit d'abord notre homme.

On lui donna certaine somme,

11 devait au bout de dix ans

Mettre son âne sur les bancs ; Sinon il consentait d'être en place publique Guindé la hart au col, étranglé court et net.

Ayant au dos sa rhétorique.

Et les oreilles d'un baudet.

Quelqu'un des courtisans lui dit qu'à la potence Il voulait l'aller voir, et que, pour un pendu,

aurait bonne grâce et beaucoup de prestance : Surtout qu'il se souvint de faire â l'assistance Un discours où son art fût au long étendu ; Un discours pathétique, et dont le formulaire

Servit à certains Cicêrons

Vulgairement nommés larrons.

L'autre reprit : Avant l'affaire.

Le roi, l'âne, ou moi, nous mourrons.

11 avait raison. C'est folie

De compter sur dix ans de vie.

Soyons bien buvants, bien mangeants.

Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.

FABLES DE La TOJVTAmE

VirfiB Sixième

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