‹ Fables. IllustréesChapitre 79 sur 166 · Livre Sixième · texte numérisé non relu

Livre Sixième

L'àne d'un jardinier se plaignait au Destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin.

Je suis plus matineux encore.

Et pourquoi ? pour porter des herbes au marche Belle nécessité d'interrompre mon somme ?

Le Sort, de sa plainte touché.

Lui donne un autre maître, et l'animal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente béte. J'ai regret, disait-il, à mon premier seigneur.

Encor, quand il tournait la tête.

J'attrapais, s'il m'en souvient bien.

Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien Mais ici point d'aubaine, ou, si j'en ai quelqu'une. C'est de coups. Il obtint changement de fortune !

Et sur l'état d'un charbonnier

Il fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc ! dit le Sort en colère,

(^e baudet-ci m'occupe autant

Que cent monarques pourraient faire !

Croit-il être le seul qui ne soit pas content ?

N'ai-je en l'esprit que son affaire ?

Le Sort avait raison. Tous gens sont ainsi faits : Notre condition jamais ne nous contente ;

La pire est toujours la présente.

Nous fatiguons le ciel à force de placets. Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête.

Nous lui romprons encor la tête.

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Tables de La To-ntjhi^-e

Liri{E Sixième

La perte d'un époux ne va point sans soupirs ; On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole :

Le temps ramène les plaisirs.

Entre la veuve d'une année

Et la veuve d'une journée La différence est grande : on ne croirait jamais

Que ce fût même personne ; L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits : Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ; C'est toujours même note et pareil entretien.

On dit qu'on est inconsolable :

On le dit ; nuiis il n'en est rien.

Comme on verra par cette fable.

Ou plutôt par la vérité.

L'époux d'une jeune beauté Partait pour l«utre monde. A ses côtés sa femme Lui criait : Attends-moi, je te suis; et mon âme. Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.

Le mari fait seul le voyage.

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