‹ Fables. IllustréesChapitre 84 sur 166 · LE RAT QUI SEST RETIRÉ DU MONDE · texte numérisé non relu

LE RAT QUI SEST RETIRÉ DU MONDE

Les Levantins en leur légende Disent qu'un certain rat, las des soins d'ici-bas,

Dans un fromage de Hollande

Se retira loin du tracas.

La solitude était profonde,

S'étendant partout à la ronde.

Notre ermite nouveau subsistait là-dedans.

Il fit tant, des pieds et des dents, Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ? 11 devint gros et gras : Dieu prodigue ses biens

A ceux qui font vœu d'être siens.

Un jour, au dévot personnage

Des députés du peuple rat S'en vinrent demauider quelque aumône légère :

Ils allaient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat ;

Ratopolis était bloquée :

On les avait contraints de partir sans argent,

Attendu l'état indigent

De la république attaquée.

Ils demandaient fort peu, certains que le secours

Serait prêt dans quatre ou cinq jours.

Mes 2unis, dit le solitaire.

Les choses d'ici-bas ne me regardent plus :

Eji quoi peut un pauvre reclus

Vous assister ? que peut-il faire.

Que de prier le ciel qu'il vous eude en ceci. J'espère qu'il aura de vous quelque souci.

Ayant parlé de celte sorte.

Le nouveau saint ferma sa porte.

Qui désigné-je, à votre avis.

Par ce rat, si peu secourable ?

Un moine ? Non, mais un dervis :

Je suppose qu'un moine est toujours charitable.

Tjibles de La foi^TAmE

TjrxE Septième.

Sa majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le ciel l'avait fait maître.

Il meinda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyemt de tous les côtés

Une circulaire écriture

Avec son sceau. L'écrit portait

Qu'un mois durant le roi tiendrait

Cour plénière, dont l'ouverture

Devait être un fort grand festin,

Suivi des tours de Fagotin.

Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étalait sa puissance.

En son Louvre il les invita.

Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine : Il se fût bien passé de faire cette mine ; Sa grimace déplut : le monarque irrité L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.

Le singe approuva fort cette sévérité ; Et, flatteur excessif, il loua la colère Et la griffe du prince, et l'antre et cette odeur :

Il n'était ambre, il n'était fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor punie :

Ce monseigneur du lion-là

Fut parent de Caligula.

Le renard étant proche : Or ça, lui dit le sire. Que sens-tu ? dis-le-moi : parle sans déguiser.

L'autre aussitôt de s'excuser.

Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire

Sans odorat. Bref, il s'en tire.

Ceci vous sert d'enseignement :

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire. Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère. Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

#• Tables de Ln To-NT.nm-E

JjivRT. Septième

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où. Le héron au long bec emmanche d'un long cou :

11 côtoyait une rivière.

L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours : Ma commère la carpe y faisait mille tours

Avec le brochet son compère.

Le héron en eut fait aisément son profil : Tous approchaient du bord ; l'oiseau n'avait qu'à prendre.

Mais il crut mieux faire d'attendre

Qu'il eût un peu plus d appétit :

11 vivait de régime et mangeait à ses heures. Apres quelques moments l'appetit vint : l'oiseau.

S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux.

Et montrait un goût dédaigneux

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches ! dit-il : moi, héron, que je fasse Une SI pauvre chère ! Et pour qui me prend-on ? La tanche rebutée, il trouva du goujon. Du goujon ! c'est bien là le diner d'un héron ! J ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise ! Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit : Il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants', ce sont les p'us habiles ; On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner.

Surtout quand vous avez a peu près votre compte. Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle : écoutez, hum.îins, un autre conte : Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

Tjjbles de La To-ntaime

Liri^E Septième

Yir

Certaine fille, un peu trop fière.

Prétendait trouver un mari Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière. Point froid et point jaloux : notez ces deux points-ci.

Cette fille voulait aussi

Qu'il eût du bien, de la naissance.

De l'esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir ? Le Destin se montra soigneux de la pourvoir :

Il vint des partis d'importance.

La belle les trouvait trop chétifs de moitié : Quoi, moi ! quoi ! ces gens-là ! l'on radote, je pense. A moi les proposer ! hélas ! ils font pitié :

Voyez un peu la belle espèce !

L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse ; L'autre avait le nez fait de cette façon-là :

C'était ceci, c'était cela ;

C'était tout, car les précieuses

Font dessus tout les dédaigneuses.

Après les bons partis, les médiocres gens

Vinrent se mettre sur les rangs.

Elle de se moquer. Ah ! vraiment je suis bonne De leur ouvrir la porte ! Ils pensent que je suis

Fort en peine de ma personne :

Grâce à Dieu, je passe les nuits

Sans chagrin, quoique en solitude.

La belle se sut gré de tous ces sentiments. L âge la fit déchoir : adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude : Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour,

Puis ses traits choquer et déplaire ; Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron.

Les ruines d'une maison Se peuvent réparer : que n'est cet avantage

Pour les ruines du visage !

Sa préciosité changea lors de langage.

Son miroir lui disait : Prenez vite un mari. Je ne sais quel désir le lui disait aussi : Le désir peut loger chez une précieuse. Celle-ci fit un choix qu'on n'aurait jamais cru, Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse

De rencontrer un malotru.

r.fBLES DE La TOT^TJm^-E

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