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LES VAUTOURS ET LES PIGEONS

Mars autrefois mit tout l'air en émute.

Certain sujet fit naitre la dispute

Chez les oiseaux, non ceux que le Printemps

Mené a sa cour, et qui, sous la feuillée.

Par leur exemple et leurs sons éclatants,

Font que Vénus est en nous réveillée ;

Ni ceux encor que la mère d'Amour

Met à son char ; mais le peuple vautoui.

Au bec retors, à la tranchante serre.

Pour un chien mort se fil, dit-on. la guerre.

Il plut du sang : je n'exagère point.

Si je voulais conter de point en point

Tout le détail, je manquerais d'haleine.

Maint chef périt, maint héros expira;

Et sur son roc Prométhée espéra

De voir bientôt une fin à sa peine.

C'était plaisir d'observer leurs efforts ;

C'était pitié de voir tomber les morts.

Valeur, adresse, et ruses, et surprises.

Tout s'employa. Les deux troupes, éprises

D'ardent courroux, n'épargnaient nuls moyens

De peupler l'air que respirent les ombres :

Tout élément remplit de citoyens

Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.

Cette fureur mit la compassion

Dans les esprits d'une autre nation

Au col changeant, au coeur tendre et fidèle.

Elle employa sa médiation

Pour accorder une telle querelle :

Ambassadeurs par le peuple pigeon

Furent choisis, et si bien travaillèrent

Que les vautours plus ne se chamaillèrent.

Ils firent trêve ; et la paix s'en suivit.

Helas ! ce fut aux dépens de la race

A qui la leur aurait dû rendre grâce.

La gent maudite aussitôt poursuivit

Tous les pigeons, en fit ample carnage,

Et dépeupla les bourgades, les champs.

Peu de prudence eurent les pauvres gens

D'accommoder un peuple si sauvage.

Tenez toujours divisés les méchants :

La sûreté du reste de la terre

Dépend de là. Semez entre eux la guerre,

Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.

Ceci soit dit en passant : je me tais.

iSî tt-

TABLES DE La FOMTJflME

Lir^E Septième

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé.

Six forts chevaux tiraient un coohe.

Femmes, moines, vieillards, tout était descendu ; L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une mouche survient et des chevaux s'approche. Prétend les animer par son bourdonnement ; Pique l'un, pique l'autre, et pense a tout moment

Qu'elle fait aller la machine ; S'assied sur le timon, sur le nez du cocher.

Aussitôt que le char chemine.

Et qu'elle voit les gens marcher.

Elle s'en attribue uniquement la gloire. Va, vient, fait l'empressée : il semble que ce soit Un sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens et hâter la victoire.

La mouche, en ce commun besoin.

Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.

Le moine disait son bréviaire :

11 prenait bien son temps ! une femme chantait ; C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait ! Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles.

Et fait cent sottises pareilles.

Apres bien du travail, le coche arrive au haut. Respirons maintenant ! dit la mouche aussitôt : J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine. Ça, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine. Ainsi certaines gens, faisant les empressés.

S'introduisent dans les affaires :

Ils font partout les nécessaires, Et partout importuns, devraient être chassés.

F.7BIE5 DE La Tomt.^jt^e

Liri{E Septième

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